Faire trouilloter vos lecteurs

FAIRE TROUILLOTER VOS LECTEURS

Bonjour ! Après une semaine de pause, désolée pour ça, je suis de retour avec un tout nouvel article ! Halloween approche, un article de conseils sur comment traumatiser vos pauvres petits lecteurs innocents et fragiles était donc de mise !

1. Une petite histoire de l’horreur

L’horreur est un genre littéraire basé sur la transmission de sentiments forts qui mobilisent la logique du lecteur. Il nous présente généralement deux grandes facettes qui s’opposent, s’associent ou se complètent : la nature sombre de l’être humain et/ou des événements paranormaux. En France, l’horreur est considéré comme un sous-genre du fantastique. Je n’en suis pas convaincue pour ma part, plusieurs contes dans leur version originale, par exemple, sont bien plus effrayants que certains livres d’horreur que l’on trouve aujourd’hui.

Comme dit plus haut, on détermine deux grands débuts au genre horrifique : soit les contes de fée, dans leur version orale (puisqu’ils étaient bien plus terrifiants qu’à l’écrit), soit le XIXe siècle, avec deux grands auteurs : Bram Stocker, avec Dracula et Mary Shelley avec Frankenstein. Même si on les considère aujourd’hui comme un peu « kitsch » et difficiles à lire, ce sont de très bon livres que je vous conseille vraiment de lire.

Le mouvement va un peu s’essouffler avant de renaître au XXe siècle, avec l’un, si ce n’est LE grand maître de l’horreur : H.P. Lovecraft. Si vous n’avez jamais plongé la tête dans un livre de Lovecraft, foncez le faire. Vraiment. C’est un ordre, vous avez même pas à discuter. Cthulhu est un des mythes fondateurs de l’horreur et toute la mythologie tournant autour est tellement devenue culte qu’il est impossible de passer à côté. Si vous faites du jeu de rôle et que vous voulez tester de l’horreur, c’est l’une des grandes références du genre. N’hésitez pas une seconde à foncer lire et découvrir tout ça !

Et bien sûr, puisqu’on est dans les grands maîtres de l’horreur, qui ne connaît pas Stephen King ? C’est l’un des auteurs les plus prolifiques dans le genre aujourd’hui. Souvent critiqué par les vieux universitaires parce que « gnagna best-sellers ça vaut rien », il reste une excellente référence et un maître dans l’art de l’horreur par manipulation mentale. Là aussi, je ne peux que vous conseiller de lire quelques unes de ses nouvelles, ça vaut vraiment, vraiment le coup.

Bien sûr, on ne trouve pas des textes qui font peur que dans le genre de l’horreur, n’importe quel texte peut avoir son petit passage flippant, que ce soit dans la nouvelle, le roman, la poésie, le théâtre, la fanfiction et j’en passe. Pour ma part, je vais me concentrer dans cet article sur comment écrire ces passages de manière efficace et crédible. A vous d’appliquer ensuite ces conseils (ou non) sur de plus longs scénarios.

2. Créer des lieux sombres

L’un des nombreux moyens d’indiquer à votre lecteur que la scène qu’il s’apprête à lire va lui faire peur est de changer brusquement l’ambiance de votre récit. Cela se passe généralement dans les descriptions de lieux et de sentiments. Nous allons commencer par les lieux.

Dans les lieux, pour commencer, il est assez facile d’en créer un qui fasse peur. En revanche, en créer un qui fasse peur et qui est original, c’est déjà plus compliqué. On a tous déjà vu ou lu des histoires d’horreur se passant de nuit dans des cimetières, des maisons hantées ou des hôpitaux psychiatriques abandonnés. Plutôt que de dénigrer ces clichés, il vaut mieux se demander pourquoi ils ont autant de succès. Déjà, on peut constater que les lieux abandonnés ont plus la côte que les lieux plein de gens. On peut expliquer cela par le fait que la peur est personnelle, et donc elle correspond souvent à une solitude du personnage et donc à un lieu à l’écart et esseulé. Le lieu doit correspondre à une certaine intimité, il doit avoir un sens pour votre personnage. S’il se retrouve par hasard dans un cimetière, par exemple, ça aura beaucoup moins d’impact que si votre personnage est devant la tombe de quelqu’un qui lui est cher.

De ce lieu intime, il faut maintenant faire un lieu effrayant. Pour cela, quoi de mieux que de prendre les objets les plus chers et de leur donner une autre signification ? Si je regarde autour de moi, par exemple, il y a des animaux en peluche. Imaginez maintenant votre cher nounours éventré, ses yeux vides posés sur vous dans le noir. Les peluches sont d’excellents moyens de faire passer des message par ailleurs. Ils ont été conçus comme êtres à histoire, les enfants les utilisent pour créer des mondes, et donc, par conséquent, ils sont le reflet de ce que l’on est. Faire prendre une posture humaine à une peluche, c’est transmettre un message, un avertissement. Vous pouvez faire ce schéma avec n’importe quel objet, pensez aux symboles : un cahier tâché d’encre peut représenter la noirceur de l’âme, des jouets brisés peuvent représenter la fin de l’enfance, il y a plein de choses à trouver.

Ensuite, toujours dans les lieux, pensez aux jeux d’ombres et de lumières. Il est évident que l’obscurité est synonyme de peur, mais n’oubliez pas non plus qu’une pièce éclairée avec des ombres étranges est tout aussi voir plus effrayante, encore plus si cette ombre n’a pas d’origine. Attention néanmoins dans ce dernier cas, songez à garder un semblant de cohérence même si celle-ci est un peu plus secondaire que dans les autres genres. Ici, c’est le ressenti qui prime sur tout.

3. La violence des sentiments

Nous continuons dans l’exploration du genre de l’horreur avec les personnages. En effet, eux aussi ont un rôle à jouer dans cette ambiance effrayante. Le lieu seul n’est rien sans victime à traumatiser, j’espère que vous l’aurez compris. Il y a en réalité deux partis à convaincre lorsque l’on écrit de l’horreur : le personnage qui vit la scène et le lecteur qui la lit.

Le premier, c’est donc le personnage. La peur se manifeste de deux manières chez l’être humain : par le corps et par l’esprit. Pour le corps, c’est simple, on a toute une panoplie d’expressions faciales et corporelles qui la caractérise : tremblements, pupilles dilatées, marche lente, air peu rassuré … Les symptômes doivent être progressifs. On se remet plus facilement d’une porte qui a claqué trop fort et qui vous a surpris plutôt que d’un face à face avec un zombie, vous voyez. Vous devez vous adapter à la situation.

Là où, en revanche, il est plus difficile de faire peur, c’est dans l’esprit. Les sentiments sont une première façon de représenter la peur. La peur est souvent associée à un trouble, un détail inexplicable qui affole le cerveau. C’est ce trouble que vous devez représenter. Cela passe par exemple par des remises en questions de ce que l’on voit, des mise en doute de sa santé mentale, des hallucinations auditives, sensitives ou visuelles. Ces hallucinations peuvent par ailleurs conduire à des thématiques très prisées autour d’apparitions de fantômes, de démons, sur lesquels nous reviendront tout à l’heure.

En même temps que votre personnage, c’est votre lecteur qui doit ressentir la peur. Dans les jeux vidéos, c’est assez simple : vous interprétez un personnage et vous vivez le jeu,  vous avez peur parce que l’espace d’un instant, vous devenez le personnage. Mais ce n’est pas si simple en littérature.

Bob Lennon, un vidéaste, parlait il y a peu de ce que représentait pour lui le véritable horreur, et je trouvais ça quand même vachement vrai et flippant. En fait, ce n’est pas tant la scène qui fait peur en elle-même, c’est l’image que l’on en a, dans notre cerveau. Pour faire peur, vous devez rentrer dans la tête de vos lecteurs et les forcer à sortir de leur zone de confort. Et pour cela, il faut créer du malaise, de l’inconfort.

“La santé mentale, c’est comme une araignée qui s’accroche à un fil de sa toile, et qui ne voit pas les doigts qui la saisissent pour la mettre dans ma bouche. – Gauldoth demi-mort, Heroes Of Might And Magic IV – 2002

Pour cela, il faut que les événements relatés dans l’histoire parlent autant à votre personnage qu’à votre lecteur. C’est pourquoi il existe tant d’histoires d’horreur à la première personne. Pour moi, ce point de vue est un peu moyen aujourd’hui, je n’apprécie pas trop de plonger dans la tête de quelqu’un d’autre et préfère la vue extérieure. Mais pour ceux qui préfèrent de l’horreur sans éléments vraiment surnaturels, où seul l’homme devient son propre ennemi, c’est un très bon choix. Je conseille également aux débutants du genre d’adopter ce point de vue.

Pour ceux qui préfère l’omniscience et l’externe, comme moi, vous allez devoir redoubler d’efforts pour toucher le lecteur. Cela passe peut-être par lui présenter des événements impossibles à interpréter, des éléments confus qui ne s’expliquent qu’en rentrant dans les boyaux du texte, de plus en plus profondément à chaque page.

Dans les deux cas, c’est l’intensité de votre texte qui doit maintenir vos lecteurs alertes. Votre texte doit avoir une progression dramatique, de plus en plus oppressante, jusqu’au point de rupture, expliqué ou non, où il va basculer soit de nouveau dans la réalité, soit totalement dans la folie, soit tout simplement dans la mort. Le but du jeu, c’est que le lecteur soit incapable de deviner votre intention avant la résolution finale. S’il s’attend à la fin, le texte est raté car il a perdu de son intérêt principal.

4. La valse des monstres

Premièrement, inclure une créature surnaturelle dans un texte d’horreur n’est nullement obligatoire. On peut très bien écrire un texte où le seul danger du personnage est lui-même ou une autre personne humaine. C’est d’ailleurs les textes que je préfèrent personnellement, car ils montrent une maîtrise totale du genre par l’auteur. Un auteur capable de créer de la peur simplement en montrant le reflet du personnage dans un miroir est quelqu’un qui a tout compris au genre.

Néanmoins, l’horreur a vu toute une panoplie de monstres naître avec elle, que l’on retrouve à la fois dans les genres fantastique, fantasy et sont même parfois totalement inclassable. Notre cher Cthulhu en est un exemple frappant, impossible de réellement le classer, il est comme il est. Voici donc un panorama des bestioles les plus souvent rencontrées. Je ne peux pas toutes les mettre, il y en a tout plein, mais ce sont disons quelques créatures les plus représentatives du genre :

– Les fantômes, les esprits et les spectres sont des créatures le plus souvent translucides, qui hantent des lieux ou des personnes à des fins très diverses. Lorsque l’esprit poursuit le mortel parce qu’il a provoqué sa mort ou a un rapport avec sa mort, on parle d’esprit vengeur. On trouve parmi ces derniers beaucoup de fantômes très connus, souvent des femmes ayant été tuées par leurs maris et hantant les hommes pour les tuer : la Dame Blanche, Bloody Mary en sont deux exemples frappant. On trouve également des esprits liés à des lieux et qui provoquent des choses aléatoires, souvent des claquements de portes, des grincements, des mouvements d’objets. On parle alors d’esprits frappeurs. Ils ne sont généralement pas agressifs, mais ils font très peurs. Enfin, on trouve aussi des esprits errants, que l’on considère généralement comme des personnes coincé sur Terre pour une raison quelconque. Ces esprits cherchent souvent à faire passer des messages, en écrivant par exemple des messages sanglants sur les murs ou en guidant le personnage jusqu’à son corps. Ce sont, je pense, les trois grands genres principaux. Il en existe d’autres, bien sûr, mais les plus marquants sont ceux là.

– Le Diable et les démons se présentent sous deux formes : soit sous forme physique, c’est-à-dire sous la forme d’une bête, soit sous forme de possessions. Dans le premier cas, la représentation est assez délicate car il y en a plein. Si en Europe, par exemple, on représente plus le diable comme un être humanoïde rouge avec des cornes, en orient, les démons sont plus symbolisés par les Djiins, des formes de fées démoniaques. On les représente également quelques fois sous la forme de petits êtres avec le bas du corps appartenant à une chèvre. Cette représentation dépend majoritairement de la religion. On pourrait très bien imaginer que vous pourriez représenter votre propre interprétation de la chose. Les démons peuvent aussi prendre des formes humanoïdes, par exemple des clowns ou des fantômes de personnes connues du héros. Dans les cas de possessions, c’est beaucoup plus simple. Le démon prend le contrôle d’un être humain. Ce dernier est présenté alors sous deux cas de figure. Dans le premier, l’humain n’a pas de pouvoir spéciaux, il se contente de tuer des gens sans raison apparente, avec des moyens classiques. Dans le second cas, l’humain se voit doter de pouvoir surnaturels, par exemple une super-vitesse, une super-force ou encore le pouvoir de faire tout voler autour de lui. Les possessions de démons ne s’arrêtent pas aux possessions humaines, on en trouve aussi dans des objets, et notamment des jouets pour enfants. Je ne peux que vous conseiller de regarder Annabelle, c’est un très bon exemple. Enfin, il y a aussi des apparitions non-visibles du diable, simplement imagées à la manière de fantômes, en faisant par exemple couler du sang au passage du héros, ce genre de choses.

– Les vampires et loups-garous, bien que moins effrayants aujourd’hui, sont également de bons véhiculeurs d’intrigues horrifiques. En revanche, abandonnez Twilight, pour faire peur, c’est vers les origines des mythes que vous devez vous tourner : Dracula et la Bête du Gévaudan sont les principaux exemples.

– Les zombies ou goules sont des créatures humanoïdes, constamment affamées et en quête de chaire humaine. On n’en trouve là aussi partout aujourd’hui, mais ça reste un classique, parfait pour effrayer des inexpérimentés. Pensez à varier vos apocalypses zombies pour être originaux. J’ai réussi à en créer une avec des légumes, donc il y a moyen de tout faire !

– Les monstres sous le lit sont des créatures de contes pour enfant, pour les faire flipper et mal dormir. L’un de ses représentant les plus significatif est sans doute le Croque-Mitaine, qui vient la nuit pour dévorer les orteils et le nez des enfants, en laissant le reste du corps. Je vous invite à vous tourner vers le monde des contes, il y en a tout plein dans le même genre et il est très amusant et intelligent de les réadapter à des fins plus adultes !

5. Où s’arrêter dans l’horreur ?

Maintenant que nous avons vu un peu les caractéristiques du genre, il faut tout de même poser quelques limites importantes, qui causent parfois plus de tort que de mal.

Tout d’abord, vous devez différencier l’horreur et le gore, c’est primordial. Le gore s’attache au sang, à la violence montrée et aux descriptions hardcore. Les morts y sont violentes, explicite, parfois même choquante. Et ce n’est pas de l’horreur. L’horreur joue avant tout sur le ressenti, les sentiments et la peur. Certes, horreur et gore peuvent se mêler, mais ça reste relativement rare. Je le déconseille vraiment pour ma part. Mettre du sang partout n’aide pas vraiment à rentrer dans une histoire, ça donne plutôt la vision d’un univers mal construit.

Attention ensuite à l’exploitation des maladies mentales. La psychopathie, la sociopathie, la dépression,  la schizophrénie sont de vraies maladies. Ce ne sont pas des états d’esprit, ce ne sont pas des fantasmes d’écriture. Si vous ne connaissez pas ces maladies, abstenez-vous d’écrire dessus, vraiment. A dire trop de conneries, vous risquez, d’une part, de propager des idées totalement fausses et qui peuvent nuire à de vraies personnes, dans la vraie vie, et d’autre part de vous attirez les foudres de ces personnes. C’est mal et ça n’aide pas. De même, évitez dans vos textes d’horreur les termes comme « tarés », « mongoles », ect. Ce ne sont pas de bons termes, choisissez-en d’autres, quitte à en prendre qui ne soient pas oppressifs.

Enfin, n’oubliez pas d’indiquer en début de texte si votre histoire contient de la violence, du sexe ou du sang. Certaines personnes y sont particulièrement sensibles. Ca ne coûte rien et ça peut éviter un malaise 🙂

C’est tout pour cet article, j’espère qu’il vous a plu ! N’hésitez pas à me dire ce que vous en avez pensé et à le partage ! Je vous fais des bisouilles et à bientôt !

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