GRAINES D’AUTEURS : Quatseyes

Hey ! Bienvenue dans cet article qui marque le grand retour des interviews sur ce blog. Toutes les deux semaines, je vous présenterai un nouvel auteur venu du web, que j’espère vous découvrirez avec plaisir. Au programme : discussion autour de leurs créations, mais aussi de l’actualité et de problématiques liées à l’écriture. 

Si vous êtes intéressés par les interviews, vous pouvez vous inscrire en suivant ce lien : CLIQUE ICI. Il y a un petit formulaire à remplir. C’est premier arrivé, premier servi, donc il y a un peu d’attente ! Ne vous inquiétez pas cependant, votre tour finira par arriver.

Aujourd’hui, je vous présente donc Quatseyes, un prof-auteur à la langue bien pendue qui vient vous présenter Puzzled, son roman, mais aussi ses guides d’aide aux jeunes auteurs.

QUATSEYES

Clique pour accéder à son compte Wattpad !

Coucou Quatseyes ! Pour commence, peux-tu te présenter à nos lecteurs ? Qui es-tu, d’où viens-tu, où vas-tu ?

Je suis contre toute attente un homo sapiens qui descends d’un certain nombre de singes, même s’il est possible que j’aie descendu quelques marches un peu vite dans l’escalier de l’évolution. Ça arrive quand on trébuche sur des racines tortueuses. Mais bon. On s’en relève aguerri et c’est pas plus mal, non ? Comme ça, je suis mieux armé pour mes projets de sauvetage du monde à coups de plume et de gueule !

D’où te viens cette passion de l’écriture ?  J’ai cru comprendre que tu es professeur, est-ce que cet amour de l’écriture se ressent dans tes cours ? Tu essayes de le transmettre à tes élèves ?

Petit, j’étais grand, gros, maladroit, malheureux à se jeter du haut d’un escalier et, plus tard, poilu. Une espèce de singe. Bref, pas de quoi avoir des excès de confiance ou de vie sociale. Du coup, j’ai lu. Je suis devenu explorateur de l’imaginaire, m’acoquinant avec des personnages de tout bord.

A 10 ans, j’ai pianoté sur mon synthétiseur un petit air sur lequel j’ai lâché quelques mots à propos d’un papi perdu. Je pense que c’est là que j’ai chopé le virus. Puis c’est en 6ème, une prof qui nous a fait écrire des mots-valises et des poèmes, qu’elle nous a ensuite offerts reliés. Là, ç’a été le déclic : je pouvais faire des trucs, moi, et que ce soit bien, et que ça donne un objet beau. J’ai découvert que je pouvais être fier de moi. Alors j’ai écrit des dizaines de poèmes sur la nature : tous les éléments, toutes les saisons, tous les protagonistes de la météo y sont passés. Et je ne me suis plus arrêté. Mais j’ai progressé, comme cherche à le prouver mon recueil Aubes et Crépuscules, qui contient par ordre chronologique la plupart de mes poèmes ! Avec cette anthologie, je veux surtout envoyer un message aux jeunes auteurs : d’aussi bas que vous partiez sur les chemins de l’écriture, vous ne pouvez que monter vers le sommet tant que vous avancez.

Je suis aussi professeur, oui, de français, depuis une dizaine d’années maintenant. Et plus je progresse dans le métier d’enseignant plus j’oriente mes cours sur la culture et l’écriture pour tenter d’aider mes élèves à s’emparer du monde qui les entoure et à s’exprimer dessus pour le changer. Mais je constate surtout mon impuissance.

Tu as actuellement un roman en cours d’écriture, Puzzled. Peux-tu nous le présenter ? D’où est venue l’idée ? Qu’est-ce que ça raconte ?

Puzzled est né d’une conversation avec ma femme, que mes récits cyniques ou tragiques n’intéressaient pas. Elle, elle préférait au réalisme la fantasy et à l’engagement la romance heureuse. Elle m’a donc passé commande d’un roman où le personnages central ferait l’acquisition de pouvoirs surnaturels qu’il développerait dans sa quête. Elle aurait préféré un jeune sorcier mais j’ai choisi un téléopérateur trentenaire multiphobique. Je n’allais pas non plus réécrire Harry Potter, si ? Du coup, tout comme les trois singes qui ne voient, n’entendent et ne disent que ce qu’ils veulent, je n’en ai fait qu’à ma tête !

Le personnage est donc parvenu malgré ses handicaps à se construire un monde douillet où tout fonctionne pour minimiser les crises et survivre. Sauf que tout va s’écrouler et qu’il va devoir trouver un remède à ses phobies, remède qui pourrait s’avérer bien pire que le mal puisque, en explorant par l’hypnose les causes originelles de ses traumatismes, il remonte bien plus loin dans l’histoire que sa naissance et échange chaque peur contre un pouvoir qu’il va devoir apprendre à gérer, tout comme un afflux de souvenirs de vies passées. Et chercher à comprendre pourquoi ça lui arrive à lui et dans quel but supérieur…

Il s’agit d’un roman total. J’y propose une expérience d’immersion absolue dans le personnage et son univers complexe où se mêleront les tons et les thèmes. On descend au fur et à mesure les marches d’un escalier qui nous conduit à l’essence de notre humanité pour mieux nous faire remonter ensuite vers ce que nous pouvons être.

Tu traites de problématiques assez vastes dans ton récit : du licenciement à la possession d’esprit, ça fait pas mal de terrain à explorer. Tes lecteurs réussissent-ils à facilement accepter ces écarts de thématiques ? Dans l’écriture, n’est-ce pas difficile de tenir cette dynamique ?

Sur Wattpad, j’ai eu deux types de retours concernant ce récit : ceux qui venaient par obligation (concours…) et, donc, à reculons, lisaient quelques paragraphes ou chapitres et me reprochaient la lenteur de l’action, et ceux qui faisaient le choix de s’ouvrir à l’histoire et ont été aspirés dans le sillage de Baptiste, mon héros. Mais ce n’est pas au vieux singe qu’on apprend à faire la grimace et je sais que le lecteur a toujours raison sur l’auteur – ce qui ne m’empêche pas d’alterner l’ascension des rideaux et la chute dans l’escalier selon les retours.

Néanmoins, j’ai eu assez peu de lecteurs sur ce roman du fait de sa longueur et de son texte d’accroche longtemps peu vendeur car, refusant de divulgâcher les retournements de situation et rebondissements cruciaux, il montrait un récit d’apparence hyperrréaliste et ennuyeux. Or, mon texte est très riche, tant dans le style que dans le contenu, et son parti-pris de lenteur est justement le choix de cette expérience immersive visant à transformer le lecteur.

A l’heure actuelle, ce roman que j’écris chaque été depuis 3 ans en est aux deux tiers. J’y ai cumulé quelques incohérences, certes, que je gommerai à la réécriture globale, mais je suis surtout en attente d’Algériens pour lire et cautionner ou m’aider à amender la partie de mon intrigue qui se situe à Alger parmi les Algérois. Je ne veux pas écrire une caricature bardée de fantasmes de blanc occidental ! Enfin, j’aurai à redynamiser et fluidifier l’ensemble pour que les détours nécessaires s’intègrent davantage dans la trame immédiate de l’intrigue.

Il y a quelques temps, je parlais du découpage des textes et des contraintes posées par les plateformes d’écriture pour les formats longs. Subis-tu ces contraintes pour ton récit ? Comment t’es tu adapté à cette dictature du format court ? Penses-tu que le format long a encore un avenir sur Internet ?

En effet, la question de la longueur optimale des chapitres, sans intérêt a priori pour le romancier en ce qui concerne la conception initiale de son oeuvre papier, devient incontournable dès lors qu’on vise un public sur Internet.

Lorsque j’ai publié les 6 premiers chapitres de Puzzled, je les ai publiés tels que je les avais créés pour la version papier. On m’en a rapidement reproché la longueur. L’outil Internet, en effet, ne permet pas de marquer sa page, de marquer sa ligne et, de fait, sur Wattpad, on lit généralement un segment à la fois, l’étoile de vote servant plus souvent de marque-ta-page que d’évaluation qualitative. Et pour cause : répondez à un seul commentaire ailleurs dans l’oeuvre et l’application ne sait plus jusqu’où vous avez lu. Alors j’ai subdivisé en une dizaine de segments plus courts ces trop longs chapitres. Toutefois, on m’en reproche toujours la longueur.

C’est pourquoi je ne crois pas qu’il faille se concentrer sur la longueur comme critère qualitatif de l’oeuvre mais comme aspect pratique de sa publication. On ne regarde pas à la longueur d’un film avant d’en décider le visionnage : on se dispose à lui consacrer le temps nécessaire. Or, en lecture, l’absence de possibilité d’une addiction à l’image ne crée pas les conditions fascinantes de la réception du texte. C’est au lecteur d’être capable de se mettre dans des dispositions de lecture. Or, avec les écrans multimédias, c’est une lecture-zapping qui est encouragée, un cheminement par hyperliens, une attention fragmentaire et superficielle. C’est désespérant pour l’auteur mais une réalité dans nos sociétés de l’immédiateté de la jouissance.

Je ne crois néanmoins pas qu’il faille lâcher des trémolos tragiques et des imprécations apocalyptiques. Notre espèce est une espèce évolutive qui procède depuis le singe par accumulation et synthèse : elle monte les marches de son escalier historique et chaque étape lui fournit des outils, des savoirs, un point de vue avec lequel elle regarde autour d’elle et affronte les défis qui se présentent. Parfois, on trébuche et on dégringole ; parfois on monte les degrés quatre à quatre. Je crois que nous sommes en train d’inventer et développer de nouveaux modes créatifs et de consommation culturelle : d’abord la nouveauté semble écraser les traditions puis, généralement, elle se fond dans le tissu diffus et accueillant de notre patrimoine pour l’enrichir. Déjà un peu partout reviennent en force le souci et la quête de la lenteur, de l’immobilité, qui redonneront de l’attrait aux lectures longues et aux approfondissements.

Pour ma part, je n’ai pas renoncé aux formats longs. Mais, le long étant chronophage et long à accoucher, il serait frustrant de s’y restreindre. Je développe donc à côté une infinité de créations brèves qui visent à exprimer ce que j’ai besoin de dire tout comme à repousser les limites de ma terra incognita en matière d’écriture ; j’y explore notamment les apports stimulants des multimédias (audio, vidéo, hyperliens, animation…) – pour mon plus grand plaisir et mes progrès !

J’ai pu voir que tu tenais à une certaine neutralité de la littérature, sans l’enfermer dans des codes et des genres littéraires. Peux-tu nous expliquer ton opinion ? Est-ce que tu es totalement opposé à la classification en genres littéraires ?

Inexact. Au contraire, même, je crois intimement et bruyamment au caractère intrinsèquement politique de l’art. En revanche, je m’oppose absolument à cette vision soumise de la création à la tradition. Notre héritage culturel est un foisonnement d’expériences transgressives et de singeries en tous genres : vouloir les fossiliser sous forme de codes suprêmes et contraignants est à la fois absurde et stérilisant pour les jeunes créateurs, qui se voient condamner à l’échec si on leur demande exclusivement de singer les auteurs du passé alors qu’on les a laissés derrière nous dans l’escalier de l’histoire et qu’on n’a plus ni la même langue ni le même monde.

Comme je le développe dans mon guide, l’humain a besoin d’étiqueter pour appréhender. C’est à partir de catégories simplifiées qu’il réfléchit et se construit, la simplification intellectuelle permettant de libérer l’intelligence sur la nuancisation et l’approfondissement d’aspects prioritaires.

Les genres littéraires sont donc des étiquettes comme les autres. Catégoriser une oeuvre, c’est valoriser un de ses aspects et donc l’appauvrir de tous les autres ; c’est aussi déterminer son public et sa réception. On ne le fait donc pas sans garder en tête d’une part l’arbitraire du choix et d’autre part sa motivation. Connaître les genres littéraires n’est pas nécessaire parce qu’il faudrait les respecter dans l’écriture mais indispensable car cela permet d’en comprendre les mécanismes et outils pour ensuite être libéré de son ignorance afin de créer selon sa fantaisie, sa volonté et ses objectifs.

Tu tiens également un guide à destination d’auteurs débutants et un autre sur le psychisme. Peux-tu nous les présenter ? Quel est ton projet exactement ? Comment travailles-tu sur tes articles ?

Main dans la main est mon guide d’écriture pour écrivant débutant. Il est né du constat que mes conseils faisaient souvent mouche mais que je me lassais de me répéter alors que tant de débutants pouvaient en sortir aidés. Du coup, j’ai tenté la synthèse de mes connaissances, conseils et outils : une première grande partie porte sur les genres, une seconde sur leurs outils spécifiques, une troisième sur la langue et une dernière sur les problématiques de l’écriture et de la promotion de son texte, questions récurrentes sur les sites d’écriture et pour lesquelles se professent parfois des absurdités contreproductives comme le mythe malhonnête de l’inspiration.

Le Fil d’Ariane est plus à voir comme un guide de développement personnel. Lui aussi est né de ce constat de la nécessité de répandre l’information et de la lassitude de celui qui professe. La première partie est à voir comme une initiation à l’introspection pour mieux se comprendre et se disposer à profiter des bonheurs alors que la seconde, axée sur l’interprétation des rêves, permet d’entrer dans la symbolique et la psychanalyse afin de collecter quelques clefs pour mieux se déchiffrer.

Certes, ces singeries sérieuses n’empêchent pas de tomber dans l’escalier de l’erreur et du tâtonnement, mais elles proposent des pistes, des raccourcis, des outils où chacun peut piocher ce dont il a besoin. J’y ajoute donc des segments ou des passages au gré de mes rencontres, échanges et sollicitations.

En ce moment, le net se déchaîne à cause des polémiques sur le salaire des auteurs : refus de payer les auteurs au Salon du Livre de Paris, même chose pour l’UNICEF, désertion du gouvernement qui refuse de s’expliquer sur les prochaines réformes qui touchent les auteurs sans les consulter… Que penses-tu de toutes ces histoires ? Penses-tu que le statut d’artiste-auteur est encore viable aujourd’hui ? Va t-on vers une disparition du métier ?

Depuis la chute des dictatures se réclamant du communisme, l’idéal et la théorie communistes ont été injustement balayés. Il en résulte que le libéralisme a écrasé toute opposition théorique et s’est installé en dogme indiscutable, imposant pour valeur aux choses et aux êtres le prix marchand, la rentabilité. Le retour au singe, la simplicité en moins.

Or, les sciences humaines, les arts, la culture ou les soins aux humains sont autant de secteurs qui sont indispensables au bon développement de notre humanité mais, coûteux, ils ne produisent pas de profit financier mais une richesse humaine qui se compte en intelligence et bonheur, choses qui ne se monnayent pas et, au passage, qui sont bien moins politiquement exploitables que la bêtise et la peur…

Dans cette société matérialiste centrée sur la réussite financière par la consommation, avoir plus et payer moins deviennent deux aspirations qui déchirent nos sociétés et compromettent notre avenir qui promet une belle chute dans l’escalier de l’évolution… Pourtant, notre espèce aura toujours une part de créativité à exprimer et un besoin de culture à satisfaire. Pour moi, la culture et ses manifestations devraient être omniprésentes et polymorphes, gratuites et disponibles pour tous, et leurs producteurs rémunérés socialement à hauteur des bienfaits qu’ils apportent à notre communauté. En fait, chacun devrait être à l’abri du besoin et en capacité d’exprimer sa créativité. Mais, ça, c’est une question de société et de choix politiques : ça se tranche dans la rue et dans les urnes, pas dans un blog littéraire !

Dans une thématique un peu plus large, puisque tu es professeur, tu as certainement lu beaucoup de classiques pendant tes études. Cependant, j’ai l’impression que de plus en plus d’étudiants se sentent contraints de lire ces classiques. Chaque année, de plus en plus de livres disparaissent des lectures obligatoires car jugés trop compliqués à lire. Penses-tu que la littérature classique est en danger ? Selon toi, comment pourrait-on encourager la lecture de toute cette littérature jugée vieillotte qui reste pourtant une base solide pour démarrer dans l’écriture ?

Il faut déjà se poser la question de ce qui fait qu’un livre est un classique. La France et les intellectuels aiment cette pensée mystique très chrétienne selon laquelle certains hommes/certaines créations seraient touchés par une grâce divine et pas les autres. Une sorte d’évidence surnaturelle qui les exhausserait au-dessus du commun et hors du temps. C’est absurde. Paroles de singes.

En réalité, un classique n’est jamais qu’une oeuvre qui entrouvre la porte d’une pièce dont on n’avait pas soupçonné l’existence avant ! Un classique est un audacieux ou un veinard qui a le privilège de l’explorateur, celui de laisser son nom, son drapeau, son monument, mais ce qui fait l’intérêt de ces nouveaux lieux, c’est tout ce qu’on y découvre et ce qu’on en fait ensuite !

Ajoutez à ça le fait que, le temps faisant son oeuvre, on ne s’arrête pas de monter les marches de l’escalier de l’évolution et vous comprendrez que les classiques prennent la poussière et soient dépassés par d’autres oeuvres dont on se rappellera peut-être aussi le nom avec admiration quand les premiers seront oubliés…

Les grands auteurs des siècles passés ne doivent pas être imposés. Comme tout autre auteur, ils doivent être proposés, mêlés comme des livres vivants aux autres oeuvres contemporaines. Les imposer, c’est leur ôter leur dignité et les rendre rébarbatif, institutionnels. Baudelaire ou Hugo objets fascisants d’un pouvoir politique conservateur : vous voyez le problème ?

Pour le défi, donne deux mots à la personne qui passera après toi ! Elle devra les caser dans son interview.

Révolution ; combat.

Merci beaucoup ! Si cet article vous a plu, n’hésitez pas à le partager, mais aussi à le commenter, ce sont les meilleures marques de soutien ! A très vite pour de nouvelles aventures !

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s

Créez un site Web ou un blog gratuitement sur WordPress.com.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :