GRAINES D’AUTEURS – Marie Sandie

GRAINES D’AUTEURS – MARIE SANDIE

Bonjour ! Cette semaine, nous nous intéréssons à une nouvelle autrice : Marie Sandie ! Créatrice d’un site d’entraide aux auteurs et autrice engagée, elle nous présente aujourd’hui son travail. C’est aussi l’occasion de parler littérature engagée, genre trop peu présent sur les plateformes d’écriture et un peu d’édition, puisqu’elle nage dedans depuis un moment !

SON COMPTE WATTPAD

Bonjour Marie ! Peux-tu te présenter à nos lecteurs ? Qu’est-ce que tu fais dans la vie ?

Bonjour ! Déjà merci pour l’interview, j’aime beaucoup le concept ! Alors, je m’appelle Léa, j’ai 25 ans. Je suis étudiante en édition. J’ai choisi mon pseudo assez facilement, ce sont mes deuxième et troisième prénoms qui me viennent de mon parrain et de ma marraine.

Tu as un texte en cours, Cet océan entre nous. Peux-tu nous le présenter ? Quand as-tu commencé sa rédaction ?

Cet océan entre nous est un peu particulier pour moi, j’avais commencé la rédaction quand j’avais 15 ans, mais faute d’idées je l’avais laissé au placard. J’ai noté au fur et à mesure mes idées pour en faire quelque chose de plus abouti et plus mature. Les thèmes abordés sont assez importants, il y a de l’amitié, de l’amour, de la trahison, la dépression, la maladie et le désamour… Cette histoire est donc un vrai bébé pour moi !

Il est assez rare aujourd’hui de trouver des textes bien renseignés sur le cancer, l’un des thèmes de ton récit. Comment s’est passé le travail de recherche pour toi ? Dans plusieurs communautés, on dit qu’il vaut mieux laisser la parole aux concerné.e.s plutôt que de s’approprier des réalités qui ne sont pas les nôtres. Cela signifierait, dans le cas de ton texte, qu’un de tes proches ou toi-même ait déjà eu affaire au cancer. Penses-tu que cette affirmation est vraie ? Penses-tu qu’il est possible de réconcilier concernés et auteurs de fictions pures ? De quelle manière ?

J’ai effectivement eu plusieurs de mes proches touchés par cette maladie, mais je ne pense pas qu’il faille restreindre l’écriture aux personnes affectées. Dans mon premier écrit C’est pas moi, j’y parle de maladies psychiatriques et heureusement je n’en suis pas affectée. Cependant, j’ai souvent remarqué que les personnes qui écrivaient, sur Wattpad notamment, utilisaient des maladies ou des évènements sur lesquelles ils ne faisaient aucune recherche… Et là, clairement, ça dessert la cause. Avant d’écrire, je me renseigne au maximum. Dans COEN, j’ai fait de loooongues recherches sur les traitements possibles, où ils étaient faits, qui en avait eu l’idée, comment se déroule le traitement, les effets secondaires, etc. C’est long et fastidieux, mais quand on choisit un sujet qui nous passionne, c’est tout de suite bien plus intéressant !

Donc pour les réconcilier, je pense qu’il faut que les auteurs parlent aux concernés, pour avoir leur point de vue, comment cela s’est passé pour eux. J’utilise beaucoup les forums de discussion, pour voir comment les parents réagissaient à l’annonce de la leucémie, comment les enfant se comportaient (combatif, abattu ?). En étant renseignée au maximum, j’évite que ceux qui l’ont réellement vécu ne se retrouvent pas dans mon récit 🙂

Un peu plus généralement, que penses-tu des textes engagés sur les plateformes d’écriture ? Une perte de temps qui dessert les causes ou un nouveau moyen d’expression qui cherche encore son public ? Penses-tu que la littérature deviendra un moyen de lutte important dans les années à venir, par exemple pour les causes LGBT+, Vegan, Féministes, qui sont encore fortement critiquées ?

C’est rigolo cette question, je suis bénévole dans une maison d’édition engagée LGBT+, les Éditions YBY, donc forcément, j’y crois. Je pense que l’acceptation de tous passe par les écrits : c’est en incluant des personnages divers que l’on sort des clichés de l’homme riche blanc mince qui n’a pas de handicap particulier ou de difficultés, et la femme timide blanche avec au maximum une dizaine de kilos en trop… Si toutes les fictions incluaient la diversité de la société je pense que cela permettrait aussi une acceptation plus facile pour les réfractaires et pour les générations futures.

Tu t’occupes également d’un grand projet, la Plume Encrée, un service d’aide aux auteurs à l’aide de critique. Peux-tu nous en parler ? En quoi est-ce que ça consiste exactement ? Quel est le but que vous visez, ta co-rédactrice et toi ?

Alors, tout d’abord, ma co-rédactrice… est un co-rédacteur (coucou Kévin !). Nous avons lancé les Lectures Critiques il y a quelques mois (fin mars) et avons eu directement de très bons retours… Nous avons une liste d’attente jusqu’à fin octobre ! Nous avons également accueilli Eline, une jeune auteure de Wattpad qui nous avait fait super bonne impression, nous sommes donc trois 🙂

On a lancé également notre site internet, nous essayons de faire des articles de conseils aux auteurs, sur Wattpad ou non, en étant toujours bienveillants. Écrire est facile, écrire bien, c’est une autre histoire. Les auteurs sur Wattpad sont souvent assez jeunes, à cet âge-là nos écrits étaient assez mal construits également. Nous essayons donc de leur donner des outils. C’est en forgeant qu’on devient forgeron ! Nous ne sommes évidemment pas des gourous, mais nous essayons de donner des petites clés, qui serviront de chargeur pour les batteries parfois à plat des auteurs !

Nous allons également lancer des prestations payantes cette fois-ci en tant que lecteurs-correcteurs (pour ceux qui veulent qu’on traque la moindre faute d’orthographe, de typographie), de relecture, et d’accompagnement jusqu’aux envois aux maisons d’édition. Comme je travaille et étudie dans le secteur de l’édition, j’ai quelques conseils glanés çà et là aux éditeurs, qui me permettent d’aiguiller au mieux les auteurs et comment sont construits les romans qui sont acceptés. Kévin, lui a une formation bien plus littéraire qui lui permet de traquer les contresens, les mauvaises utilisations de termes, l’orthographe, … On est assez complémentaires de ce point de vue-là.

6. On dit souvent que les critiques et les concours sur Wattpad ne sont pas terribles parce que les personnes qui les gèrent n’ont pas les compétences nécessaires pour juger convenablement des histoires. Penses-tu que ces méthodes desservent les auteurs ? N’est-ce pas là une vision faussée du monde de l’édition qui encourage de jeunes auteurs à écrire pour l’égo plus que le plaisir ? Etant toi-même organisatrice de concours, quelles méthodes de jugements employais-tu pour rester le plus neutre possible ? Penses-tu que le jugement d’un texte est toujours neutre ?

C’est une excellente question ! J’ai participé moi-même à quelques concours sur Wattpad et il faut dire que j’avais été assez déçue. Pareillement pour les livres de critiques, je considère toujours que toute critique est bonne si elle est constructive. Mais certains comptes de critiques-concours Wattpad sont bourrés de faute… Et souvent les critiques se cantonnent à “c’est génial, continue ma chérie”… L’objectivité n’est souvent pas de mise, et je trouve ça dommage. Nous avons lancé La Plume Encrée car nous avons une bonne culture littéraire, sommes auteurs nous-même et avons tous les deux un Master en Lettres.
Ils sont également souvent gérés par une seule et même personne. C’est difficile de rester neutre si l’on connaît les auteurs… C’est pour cela que nous ne jugeons jamais les oeuvres que l’on a déjà lues, celles dont on connaît l’auteur. Pareillement dans le concours, nous avons été aidés par l’éditrice des Éditions de la Caravelle, et nous jugions donc à quatre la plupart des oeuvres, ce qui nous permettait de rester objectif.

Enfin, ce qui est de l’ego des auteurs… Mon Dieu à l’aide ! J’ai fait plusieurs stages en maison d’édition, et il y en a certains qui sont persuadés d’avoir de l’or dans les mains et qu’il ne faut pas y toucher : STOP ! Vos livres ne sont pas des chefs d’oeuvres ! Un livre ça ne s’écrit pas en une fois et hop, plus de corrections ! Certains éditeurs poussent le bouchon trop loin, quitte à dénaturer l’oeuvre, c’est vrai… Mais beaucoup sont bienveillants et ne pensent qu’à l’améliorer et beaucoup d’auteurs pensent détenir le nouveau best-seller de l’année, c’est assez usant parfois.

Je n’ai pas pu m’empêcher de repérer tes articles sur les maisons d’édition et les idées reçues à leur sujet. Ils sont très bien, mais ils restent très axés PRO-maisons d’édition. Que penses-tu de l’auto-édition ? Beaucoup l’utilisent comme moyen de défense contre les abus des maisons d’éditions qui dévorent de plus en plus les droits des auteurs, au point que ceux-ci gagnent de moins en moins bien leur vie, ou encore y voient la seule manière de se faire éditer dans des domaines délaissés par les éditeurs français, comme la fantasy. Bonne idée ? Mauvaise idée ? Quelle est ton opinion sur ces auteurs qui préfèrent lutter contre le système ?

Je ne suis pas forcément pro-maison d’édition, même si on pourrait le croire :). En fait, comme premier article, j’ai rédigé celui-ci car je me suis rendue compte que beaucoup fantasmaient sur le fait d’être édités… Mais ce n’est pas une fin en soi, heureusement !
Au niveau des droits d’auteurs dans les maisons d’éditions, ce qu’il faut savoir aussi c’est que la plupart des maisons d’éditions survivent mais ne vivent pas réellement. Les frais sont très élevés pour une publication papier, encore plus si la maison d’édition a un réseau de distribution national qui peut coûter des milliers d’euros. Les droits d’auteurs proposés en début de contrat sont, il est vrai, assez faibles. Mais cela se re-négocie si le livre marche vraiment bien. Si non, il faut se dire aussi que si votre livre n’atteint pas un certain nombre de ventes, l’éditeur perd énormément d’argent. Les corrections peuvent atteindre des centaines d’euros, l’illustrateur également, la mise en forme des livres est longue et fait perdre du temps de travail… Donc le compte en banque des éditeurs n’est pas tout rose non plus !

Et les droits d’auteurs n’ont pas réellement été grignotés par les éditeurs, depuis le tout début de l’édition, beaucoup d’auteurs galéraient. Sans dire de bêtises, il me semble par exemple que Verlaine se plaignait souvent de ne pas gagner assez d’argent. L’éditeur a cette image d’arnaqueur qui lui colle à la peau, à cause de charlatans. Mais je prends l’exemple des petites maisons d’éditions, elles sont plus de la moitié à fermer en moins de dix ans d’expérience à cause des coûts inimaginables qu’elles doivent supporter. Évidemment, pour les plus grandes, ce n’est pas la même chanson. Certains clairement abusent, c’est pour cela aussi que les auteurs doivent savoir quels sont leurs droits, ce qu’ils peuvent demander et ce qu’il serait impensable de pouvoir leur accorder. C’est sûr et certain, si vous demandez un à-valoir d’un million d’euros, tout le monde va refuser 🙂

Concernant l’auto-édition, je suis totalement pour ! Mais, après en avoir lu pas mal le problème est toujours le même : ils sont noyés dans une masse de livres non travaillés, bourrés de fautes, incohérents, immatures… Qui desservent totalement les autres livres. L’auto-édition est, pour moi, semblable à Wattpad. Les perles sont rares et parfois invisibles. C’est dommage… Certains sont plus travaillés, mais il demeure tout de même de grosses lacunes souvent au niveau de la trame. Dans ce cas-là, il ne faut pas hésiter à passer par de nombreux bêta-lecteurs. Si c’est juste pour retravailler la surface, cela ne sert à rien. Comme un proverbe espagnol le dit si bien “un singe habillé de soie reste toujours un singe” ! Il faut travailler l’essence même du livre avant d’y rajouter des paillettes.

Sincèrement, si je n’avais pas été éditée, je serai passée par l’auto-édition également, mais j’aurais été quatre fois plus vigilante sur le contenu que je propose, quitte à passer par des professionnels pour la couverture, les corrections, et autre. D’autant plus si, comme tu le dis si justement, le domaine de mon livre avait été délaissé par les éditeurs. Cependant, il y a pas mal d’éditeurs Fantasy ! J’en connais une bonne dizaine au moins.
J’ai juste ici un bémol concernant l’auto-édition ! Ce serait pour les auteurs qui passent par des sites (le plus souvent payants) qui ne font rien pour leurs livres et qui en plus réclament vos droits. Pitié, évitez-les ! Construisez vous-même votre propre communication, et mettez-vous sur le plus de site marchands possibles, c’est, à mon avis, la meilleure manière de réussir.

Envisages-tu toi-même de te faire éditer dans une maison d’édition ? Pourquoi ? En as-tu déjà en vue ?

C’est ce que je disais justement haha ! Oui, je vais me faire éditer, je ne vais pas tarder à recevoir mon premier contrat d’auteur d’ailleurs. Je me fais des listes de maisons d’édition qui pourraient être intéressés par mon manuscrit quand je commence à l’écrire, certaines fois une simple recherche Google peut nous amener à en trouver ! Cela permet de cibler un peu mieux, de moins perdre son temps à envoyer à des dizaines d’éditeurs qui ne seront pas intéressés… Ou à des éditeurs à compte d’auteurs !

Plusieurs lecteurs sont intéressés par les métiers du livre et tu es justement dans un Master qui emprunte cette voie-là ! Peux-tu nous présenter ton parcours ? Peux-tu nous parler un peu de ce que tu fais dans ce Master ?

Alors mon parcours ! J’ai eu mon bac ES, ensuite j’ai effectué une Licence de Langues Étrangères Appliquées, puis un Master Langue et Communication (linguistique, théorie de la communication, rhétorique, etc.). J’ai effectué deux stages en maison d’édition pour l’instant.

Je suis effectivement dans le Master Métiers du Livre spécialisation Édition de Paris Nanterre. Je n’ai pas encore commencé les cours, mais j’ai déjà une bonne vue d’ensemble vu les concours par lesquels on doit passer… Je commence également bientôt une alternance dans une maison d’édition, je ne sais pas encore laquelle, je suis en plein dans les entretiens d’embauche (Ô joie et bonheur !).

Pour tous ceux qui souhaitent travailler en édition, soyez bien sûr de vous ! C’est un métier passion, vous ne deviendrez pas riches en un claquement de doigt. Déjà, vous ne serez pas éditeurs en sortant du master, mais assistant d’édition. Salaire ? Environ 1700 euros. Oui, après un bac +5. Après quelques années d’expérience, vous pouvez espérer être éditeur junior ! Il faut vraiment vouloir travailler dans ce milieu-là, c’est assez fermé. Je ne connais absolument personne de haut placé, donc je rame, je galère. Mais j’arriverai bien à me faire mon trou, il faut perséverer.

Pour le défi, donne deux mots à la personne qui passera après toi ! Elle devra les caser dans son interview.

Merci beaucoup de cette interview super intéressante déjà, c’était un réel plaisir de répondre à ces questions très bien pensées ! Je propose à la prochaine personne les mots “dessiner” et “bienveillant” !

Merci pour tes réponses et à très vite pour de nouveaux articles !

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