Décrire un lieu

DÉCRIRE UN LIEU

Bonjour ! L’article arrive plus tôt cette semaine étant donné que je serais samedi au Salon du Livre de Paris ! J’ai donc décidé de partir cette semaine sur un petit article sans prise de tête qui a pour thème quelques conseils d’écriture pour apprendre à bien décrire un lieu. Dans tout roman, c’est une étape quasi-obligée, parce qu’elle est à la base de la conception d’une atmosphère d’une oeuvre.

Pour cet article, nous nous concentrerons uniquement sur les lieux dans le récit, on ne parlera pas de l’introduction d’univers en début de texte, par exemple, mais bien des descriptions en pleine histoire, celles que l’on retrouve le plus souvent.

1. Quand placer une description de lieu ?

Nous l’avons déjà vu dans un précédent article, la description a une fonction de ralentisseur dans le récit. Lorsqu’il y a description, votre texte se fige dans le temps pendant toute l’exposition de celle-ci. Ce sont les descriptions qui gèrent en grande partie le rythme de votre texte : s’il n’y en a pas, votre texte est trop rapide, s’il y en a trop, votre texte peut rapidement ennuyer. Pour trouver le juste milieu, il faut donc songer à la pertinence de votre description.

Ainsi, la description doit partir de votre personnage. Une description ne se place pas juste pour faire beau, elle doit être vectrice de progrès pour votre texte et s’intégrer dans le récit. La description, ce n’est ni plus ni moins ce que l’on voit à travers les yeux de votre personnage. Ainsi, elle ne peut pas se placer n’importe quand. Par exemple, si votre personnage est en train d’être poursuivi par un chien enragé, il préférera davantage se concentrer sur la course que sur le paysage autour de lui. En revanche, un personnage qui monte la garde seul au coin du feu sera plus propice à la contemplation, parce qu’il n’a rien à faire d’autre pour l’instant. Une description placée au mauvais endroit cause instantanément une lourdeur dans l’histoire qui peut faire décrocher un lecteur.

Les seules exceptions à ce qui a été écrit au dessus sont l’introduction de roman, que nous ne traiterons pas ici, ainsi que les textes imbriqués dans le récit. Si votre personnage lit un dictionnaire, par exemple, il est normal que le texte soit de type encyclopédique, de même s’il s’agit d’une notice de musée. Néanmoins, ces textes doivent être placés en contexte, et toujours en fonction du personnage. Ils sont aussi à utiliser avec parcimonie pour ne pas assommer le lecteur !

2. S’aider du cinéma pour décrire les lieux

Les descriptions de lieux, contrairement aux descriptions de personnages, ont une fonction contemplative bien avant d’être informatives, c’est-à-dire qu’elles servent avant tout à s’imaginer un monde, un lieu et à instaurer une ambiance. Dans les littérature de l’imaginaire, aujourd’hui, elles sont tout simplement indispensables. C’est simple, pour qu’il y ait monde, il doit forcément y avoir description : le lecteur n’est pas dans votre tête, ce que vous voyez de votre monde, l’objectif c’est de le retransmettre à l’écrit.

Décrire des lieux très grands et vastes, c’est très tentant, mais c’est aussi très casse gueule. Plus votre lieu est grand et vide, plus il est difficile de le décrire. Je déconseille personnellement de prendre de grands lieux dans leur ensemble, pour se concentrer sur ce qui entoure le personnage, sur une zone plus réduite. Ou alors, écrire sur des petites pièces avec pas mal d’objets. Les objets, ce sont les points d’intérêts de la description. Il est plus facile par exemple de décrire une chambre que la plage, tout simplement parce qu’il y a plus de points d’ancrage auxquels vous rattacher. Visez plutôt petit et complet plutôt que grand et vide.

Pour ce qui est de la description en elle-même, il existe plusieurs méthodes pour la rendre efficace, pour ma part, je m’inspire énormément des techniques cinématographiques : à partir d’un point d’intérêt, on avance dans l’espace. Cela se concrétise par exemple en partant d’un objet de la pièce, puis en élargissant peu à peu vers l’ensemble de l’espace, ou au contraire partir de l’ensemble de l’espace pour terminer par un objet en particulier. On peut aussi partir d’une position centrale et faire le tour sur soi-même pour décrire tout ce qui se passe autour. Il est aussi possible d’effectuer un trajet de point d’intérêt en point d’intérêt pour ne montrer que ce qui est réellement utile à la narration.

Ici encore, la description du lieu doit être motivée par quelque chose : vous allez d’un point A à un point B dans un but précis, pas juste pour le plaisir de décrire. Ça peut être par exemple montrer qu’un objet a bougé, ou au contraire, montrer que rien n’a jamais bougé. Ça peut être aussi porter l’attention vers un objet qui sera important pour la suite de l’histoire. La description doit être logique, elle n’est pas là juste pour faire joli.

3. Show, don’t tell !

Et oui, cette phrase que beaucoup d’auteurs n’aiment pas s’applique aussi aux descriptions ! Le « Show, don’t tell » ou « Montre, ne dit pas » en français est un concept universel dans le milieu de la littérature qui voudrait qu’on ne doit pas juste dire ce qu’il y a autour, mais ce qui se dégage de l’environnement.

C’est tout simple. Prenons une phrase de base : « Il y avait des livres sur les pirates sur les étagères ». Avec cette phrase, vous êtes dans le « tell », vous pointez un objet sur une étagère. Pour que celui-ci devienne un point d’intérêt, il doit dégager quelque chose. Ainsi, le « show », ça donne ceci : « Il y avait des voyages en mer, des batailles navales, des attaques de kraken et des vols de trésors sur ces étagères ». On sait que ça parle de livres, on sait que ça parle de pirates, mais c’est l’atmosphère qui prime sur l’objet.

C’est exactement ce qui doit se passer quand vous décrivez. On ne doit pas vraiment sentir que vous pointez des objets, on doit sentir l’âme de ses objets, le lien qu’ils entretiennent dans la pièce et pour le personnage. C’est aussi pour cette raison qu’il faut toujours partir du personnage, afin que les objets prennent de la symbolique.

Cette symbolique, elle doit être partout dans votre description. Les couleurs, par exemple, ont de l’importance. Le jaune symbolise la gaieté, le vert l’espoir, le rouge la passion, le violet l’imagination… Les couleurs ont des tas et des tas de significations, je vous encourage à aller voir sur Google. En plus, elles changent selon les pays ! En France, le noir est signe de deuil, mais en Chine, c’est le blanc, par exemple. De même, les objets sont riches en symboles ! Prenons quelque chose de basique : la lampe torche est synonyme d’intimité, la lampe de chevet allumée symbolise une vie de couple joyeuse, le lustre est signe de richesse, les abats-jours caractérisent souvent des maisons à la décoration classique. Tous les objets ont des significations. C’est-à-vous de penser les descriptions en fonction de ceux-ci afin de donner une profondeur à votre description, pour la rendre intéressante à lire et à décrypter.

Par ailleurs, pour ceux qui sont à l’aise avec ce principe, les figures de style sont également porteuses de sens. La forme de votre texte peut parfaitement s’adapter à la description. Par exemple, dans une forêt, en fantasy les arbres peuvent apparaître comme des garants de la paix, en horreur, ils sont les ombres menaçantes qui vous chassent, en romance, c’est un lieu où l’on peut sceller son amour avec intimité. La stylisation permet de faire varier un objet pour lui donner plusieurs sens possibles.

4. Les erreurs à éviter

Si les descriptions sont si peu aimées, c’est parce qu’il est plus facile de se tromper dessus que de les réussir. Il y a presque toujours quelque chose qui ne va pas avec nos descriptions, c’est comme ça depuis la nuit des temps, on ne peut pas être satisfait tout le temps. Cela s’explique en grande partie par une frustration très humaine de ne pas avoir l’impression de lire ce qu’on avait dans la tête. Et c’est parfaitement normal ! Ce qui est dans votre tête, c’est un brouillon de données, il est presque impossible de mettre un mot sur tout, de décrire parfaitement ce que vous vouliez montrer.

La description écrite sera toujours imparfaite. Vous pouvez lire trois cents guides pour « écrire une bonne description », votre description ne sera jamais à 100% bonne. Nous ne sommes pas au cinéma, l’écriture ne permet pas de visualiser la scène pour se rendre compte de ce qui ne va pas. Une description sera toujours imparfaite parce qu’elle ne peut tout simplement pas représenter un paysage, un lieu, un personnage avec une exactitude de 100%. C’est comme ça.

Néanmoins, même si elle est imparfaite, cela n’empêche pas de pouvoir repérer quelques petites choses rectifiables ! Il y a tout un tas de choses que l’on peut éviter, j’en ai déjà mentionné plusieurs plus haut sur cet article.

Outre le point de vue adopté et la pertinence, il faut penser aussi à la hiérarchie des informations de votre description. Beaucoup d’auteurs aiment les détails inutiles, qui peuvent pourtant compliquer votre texte plus qu’autre chose. Vous ne devez écrire dans votre description que ce qui est utile à la narration. C’est simple, si un détail ajouté n’a aucune symbolique, alors c’est un détail superflu qui peut être supprimé car il alourdit forcément le texte. Cela ne veut pas dire que vous ne devez pas mettre d’adjectifs dans votre description, par exemple, mais qu’il faut penser la pertinence de ces adjectifs en fonction de ce qu’ils apportent à votre texte. Par exemple, si votre personnage est un enfant, grandir les choses est un bon moyen de mettre sa taille en abîme. Au contraire, grandir les choses lorsque ce n’est pas le cas peut donner l’impression que vous ne savez pas gérer les proportions de votre pièce !

Nous en parlions dans l’article sur le syndrôme du rôliste, mais bien sûr, l’afflux d’informations encyclopédiques est à éviter, voire à bannir de vos descriptions. Cet écart arrive très souvent lorsque vous décrivez un objet, et que vous partez sur sa création, comment il s’est retrouvé là. C’est ce qu’on appelle des informations parasites, elles détournent le message de votre texte, ce qui donne l’impression de lire un texte confus parce qu’on ne sait plus quelle information est la plus importante. De manière générale, l’histoire de votre univers n’a rien à faire dans vos descriptions de lieux. Les informations sur l’univers doivent faire partie intégrante de l’intrigue. On n’explique pas toute l’histoire des elfes dès qu’on voit un elfe, on en parle avec lui au coin du feu, par exemple.

Enfin, attention aux descriptions trop poétiques ! Mettre de la stylisation, c’est bien, c’est même très bien… Mais rédiger une description juste à partir des sens, par exemple, c’est risquer que votre lecteur n’y comprenne rien. Vos descriptions doivent quand même décrire, elles ne peuvent pas juste être implicites, au risque de perdre leur sens premier, tout simplement. Par exemple, décrire un parc juste en parlant de l’odeur des aisselles des gens, bah ça peut amener le lecteur à se questionner sur vos fantasmes bizarres et à ne plus savoir qu’on parle d’un parc.

4. Trois petits exercices d’écriture simple pour améliorer ses descriptions

Il existe des moyens très simples d’améliorer ses descriptions et de travailler la pertinence de celles-ci. Voici trois exercices pour vous permettre de le faire :

Exercice n°1 : Prenez une pièce que vous connaissez bien, votre chambre par exemple. Asseyez-vous sur le lit et prenez un chronomètre. Pendant cinq minutes, regardez votre chambre, imprégnez vous de ses aspects. Dès que c’est fait, sortez de la pièce et essayez de décrire le plus fidèlement possible. Vous pouvez par la suite compliquer l’exercice en demandant à quelqu’un de bouger des objets de place, pour tester votre instinct d’observation, ou alors en choisissant des lieux de plus en plus grand.

Exercice n°2 : Prenez un objet du quotidien et essayez de le décrire… Mais attention, vous n’avez pas le droit de le nommer. Vous pouvez parler de sa couleur, de sa fonction, des choses qu’ils vous inspirent. Une fois rédigé, donnez votre texte à un ami, il doit pouvoir deviner l’objet uniquement à la lecture de votre texte.

Exercice n°3 : Décrivez une pièce ou un objet du point de vue de différents personnages : un enfant – un adolescent fatigué des cours – un adulte – un chien – une moule – une feuille d’arbre sur la fenêtre – une tâche de moisissure – une peluche dans votre lit… Les choix sont infinis ! Cela vous entraîne à adapter l’écriture en fonction du personnage choisi, un enfant ne comprendra pas la même chose qu’un adulte !

C’est tout pour cet article, j’espère qu’il vous a plu ! Désolée pour l’absence de la semaine passée, je m’y suis prise trop tard. Je vous fais des bisouilles et vous souhaite un bon Salon du Livre Paris pour ceux qui y seront ! A bientôt !

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