Papier vs Numérique : un débat inutile

PAPIER VS NUMÉRIQUE : UN DÉBAT INUTILE

Cette semaine, comme beaucoup d’autres avant elle, je suis tombée sur un débat bien connu du milieu littéraire : littérature papier vs littérature numérique, lequel faut-il préférer ? Il serait peut-être temps d’arrêter de sortir l’argument du « ouais mais les livres ça sent bon », vous ne croyez pas ? Et si ce débat n’avait au final tout simplement pas lieu d’être ?

1. Le livre papier est-il plus authentique que le livre numérique ?

Depuis l’arrivée des liseuses sur le marché, tout un tas de défenseurs de la littérature se sont offusqués et inquiétés de la disparition des livres papiers sur le marché.  Tout du moins sur le fond, c’est ce que beaucoup de personnes ont cru. Vous voulez la vraie raison ? Le marché du livre a flippé quant au fait de voir de parfaits amateurs publier leurs propres livres de manière simple et moins coûteuse, ce qui remet en question la légitimité des maisons d’édition. Voilà, ça, c’est la vraie cause de la peur du numérique.

Le milieu littéraire est un milieu extrêmement fermé et conservateur depuis toujours. C’est pas pour rien qu’il y a tant de règles dans le milieu. Dès que vous donnez un coup de pied pour dépoussiérer un genre littéraire, par exemple, on vous case immédiatement dans la catégorie « sous-littérature ». C’est ce qui est arrivé aux littératures de l’imaginaire, à la romance, et ce qui se produit en ce moment pour les auteurs auto-édités. A chaque fois, le constat est le même : cette littérature différente dérange et représente un danger pour la précédente mise en place. Spoiler : les nouveautés finissent toujours par gagner et s’en sortir mieux que les textes qui restent campés sur des formes figées et désuètes. Il suffit de voir le déclin spectaculaire de la « grande littérature » de nos jours qui, on va pas se mentir, n’intéresse guère plus que les hommes politiques, les vieux critiques et plus généralement les vieilles générations qui diabolisent la jeunesse.

Alors que nous sommes enfin en pleine période de reconnaissance pour les littératures de genre, délaissées pendant presque 40 ans, quel est l’intérêt de dévaloriser des auteurs numériques en les diabolisant ? Vous reproduisez exactement le même schéma de pensée que ces lecteurs contre lesquels vous vous êtes battus lorsque vous criez que vous vouliez voir la romance ou le Young Adult plus représentés dans la littérature : c’est débile ! Il n’y a pas de bons et de mauvais auteurs édités, il n’y a pas les gentils auteurs qui publient sur papier et les méchants auteurs qui publient de manière numérique.

On arrête de créer des cases : tous les auteurs sont authentiques, papier ou numérique, édités comme auto-édités. La seule différence qu’il existe entre eux est le public cible. On essaye désespérément de faire rentrer le public littéraire dans le public numérique, mais ce n’est pas les mêmes et ce ne sera jamais les même ! Alors pourquoi diantre les comparer ? La littérature numérique n’a pas pour vocation de devenir de la littérature papier et l’inverse est vrai aussi.

2. Le livre papier risque t-il de disparaître au profit du numérique ? 

Le livre papier ne va pas disparaître, le livre numérique n’a pas pour vocation de remplacer le livre papier. Par ailleurs, ils n’ont même pas le même but : le livre papier vise à divertir, le livre numérique est au contraire une littérature expérimentale, qui explore tout ce qu’il est possible de faire à partir d’un texte écrit. On ne lit pas juste un livre numérique pour lire une histoire, on lit un livre numérique pour le plaisir de tester de nouveaux formats littéraires qu’on ne trouve justement pas en littérature papier.

La vraie grosse erreur qui a été faite par les critiques et les théoriciens, c’est de considérer la littérature du web comme uniquement un ensemble d’ebooks que l’on lit sur liseuse et de ne pas chercher plus loin. Les liseuses sont dépassées, oui, ça c’est vrai. Mais la littérature numérique, ce ne sont pas les liseuses, ce sont les expériences de lecture, et une fois que vous commencez à vous renseigner, vous rentrez dans un monde gigantesque de nouvelles possibilités.

Saviez-vous par exemple qu’il existe des livres immersifs ? Vous avez le texte, mais vous êtes en même temps plongé dans une ambiance sonore et visuelle qui vous fait littéralement rentrer à l’intérieur du livre. Mais ce n’est qu’un exemple parmi d’autres ! Beaucoup de jeux vidéos à la mode, par exemple Simulacra, reprennent totalement ce principe ! A partir d’échanges de SMS, vous êtes totalement embarqués dans une expérience horrifique et vous allez flipper votre maman. Je vous mets un exemple ici avec une compilation de vidéastes pris dans l’histoire, et le jeu en profite pour caser un souffle étrange. Eh oui, ça aussi, c’est de la littérature numérique !

Mais ce n’est pas tout, la littérature numérique, c’est aussi la littérature audio qui est en plein développement en ce moment ! Bien sûr, il y a les traditionnelles lectures de livres orales, qu’on aime ou qu’on aime pas, mais il y a également les sagas MP3, popularisées par l’équipe du Donjon de Naheulbeuk et qui ont pris leur envol. Les sagas MP3 sont des histoires orales avec une ambiance sonore, ce qui vous permet d’imaginer l’histoire rien qu’en fermant les yeux et en vous laissant porter. Il est très facile d’en trouver des gratuites sur Youtube, les plus récentes dans le milieu francophone étant Clyde Vanilla et L’Épopée Temporelle.

On continue ? La littérature numérique, c’est aussi des formats courts : micro-nouvelles et short short stories ont énormément la côte sur les réseaux sociaux aujourd’hui. Plein de nouveaux formats sont apparus sur le web : les creepy pastas, pour commencer, mais aussi et surtout la fanfiction, qui s’est développée surtout en ligne après les soucis qu’ont rencontré les fanzines vis à vis du statut de l’auteur et le soutien que leur a apporté JK Rowling (comme quoi, quand elle le veut, elle sert à quelque chose). A eux seuls, ces deux formats surpassent le nombre de textes publiés tous les ans dans les éditions papier. Eh oui, ce ne sont pas du tout des « cas à part » comme on l’entend dire, ce sont un véritable moteur de création numérique. Par ailleurs, plein de nouveaux formats sont encore en train d’apparaître : il suffit de voir le succès que rencontre la Twittérature en ce moment avec les threads. Certains comptes se sont même spécialisés là dedans, comme le compte @3emeDroite !

Et nous ne sommes qu’à la surface de cette littérature numérique, il suffit de voir les proportions un peu folles que peuvent prendre les écritures fragmentées et hypertextes ! De plus, quand la littérature numérique n’innove pas, elle sauve des textes qui se sont vus refusés les portes de l’édition papier : la majorité des jeux de rôles sur table, de la poésie et du théâtre se trouvent aujourd’hui sur le net parce qu’ils sont incapables de retrouver un public en version papier. Il en va de même pour toutes ces nouvelles abandonnées par l’édition classique car elles sont jugées inadaptées au format de publication. Et bien sûr, que dire de l’auto-édition qui a compris bien avant la littérature papier qu’on pouvait vendre en ligne et avoir des lecteurs sans problème ? La preuve en est que toutes les maisons d’édition se jettent aujourd’hui sur le marché du numérique tout simplement parce qu’ils se sont rendus compte que ça vend.

Tout ça, c’est la littérature numérique, et ce n’est qu’une toute petite partie de ce qu’on trouve à l’intérieur. Si on arrêtait cinq minutes de comparer littérature papier et numérique, on verrait que ce sont deux mondes diamétralement opposés qui n’ont ni le même but, ni le même public, ni l’envie de se concurrencer.

3. Comparer le papier et le numérique : un faux débat

En conclusion, comparer la littérature papier et la littérature numérique n’a absolument aucun sens. C’est comme si vous comparez une moto et une voiture : ce sont deux véhicules, mais ils ne fonctionnent pas de la même manière, ne fournissent pas les même sensations de conduite et ne visent pas les même types de personnes. On ne peut pas les comparer sans faire entrer un avis personnel à l’intérieur du jugement.

Eh bah ici c’est pareil. La plupart des gens qui s’opposent à la littérature numérique n’ont jamais fait l’effort d’aller se rendre compte par leurs yeux de ce qu’est la littérature numérique. Les personnes qui s’attachent au papier ne comprennent pas que leur précieux bouquin n’a rien à voir avec une saga audios. Les livres papiers et les livres numériques ne recoupent pas la même définition du livre : en papier, c’est un objet, sur le web, c’est une expérience. L’immatériel n’est pas néfaste, et à ce que je sache, beaucoup écrivent sur les plateformes d’écriture et aiment ça.

De ce fait, il serait peut-être temps d’arrêter de vouloir absolument calquer le modèle numérique sur le modèle papier et lui laisser sa chance. Si on avait juste voulut retranscrire un roman sur Internet, on aurait jamais inventé la littérature numérique. Cela n’a jamais et ne sera jamais la problématique de cette dernière.

La littérature numérique n’est pas la littérature papier, et de ce fait, débattre du modèle papier contre le modèle numérique est profondément stupide, au moins autant que le débat Internet vs la télévision. C’est exactement le même : ce sont deux médias différents avec des publics différents, qui se concurrencent sur certains points et se dépassent sur d’autres, tout simplement. De plus, tout comme on a inventé les webséries comme un hybride entre ces deux formats, on a inventé des livres hybrides entre ses deux formats, et c’est la meilleure preuve qui montre qu’ils sont dissociés. Si les deux médias étaient similaire, on ne pourrait tout simplement pas faire de livres augmentés ou des jeux de rôles sur des plateformes en ligne.

Arrêtez donc de contraindre la littérature dans des cases et ouvrez vos horizons et votre esprit à la nouveauté, tout le monde y sera gagnant.

C’est tout pour cet article un peu coup de gueule que j’avais vraiment absolument besoin de sortir. J’espère qu’il vous a plu et que ça vous aura au moins appris quelques petites choses ! On se donne rendez-vous bientôt pour de nouveaux articles, des bisouilles !

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