[Inceptio] Soline et le monde des rêves abandonnés – José Carli

SOLINE ET LE MONDE DES RÊVES ABANDONNÉS
JOSÉ CARLI

Bonjour ! Nous sommes de retour avec le dernier bébé des éditions Inceptio. C’est un roman de José Carli qui mélange fantasy et monde des rêves dans un texte à l’allure trompeuse et qui cache très, très bien son jeu. Encore une superbe découverte que je ne regrette absolument pas d’avoir eu l’occasion de lire !

1. Là où se terminent les rêves

Soline est une petite fille tout ce qu’il y a de plus normal. Elle a une maman, Manon, et un papa, Julien. Tous les deux l’aiment de tout leur cœur et la fillette s’est façonnée à partir d’eux et de leur amour… Littéralement. En effet, Soline n’existe pas vraiment. C’est une petite fille imaginaire, créée de toutes pièces par ses parents pour combler un manque profond : Manon ne peut pas avoir d’enfants et se réfugie dans cette vision parfaite de fillette pour se donner l’impression d’être une bonne mère.

Mais un jour, le monde entier de Soline s’effondre. Sa maman et son papa ne la voient plus et ne lui adressent plus la parole, et pour cause : Manon s’apprête à devenir une vraie maman, et elle n’a de ce fait plus besoin d’elle pour penser à cet heureux événement. Soline, traumatisée et effrayée, est kidnappée un soir par une mystérieuse personne qui l’entraîne dans un autre monde : le monde des rêves abandonnés. Elle n’a plus sa place dans le monde réel, et pour sauver sa vie, c’est désormais là bas qu’elle doit vivre.

Les rêves abandonnés et oubliés qui errent les lieux sont loin d’être tous amicaux et Soline se retrouve livrée à elle-même dans un monde sombre, où le mensonge est roi, et où même la plus innocente des apparences peut cacher le plus terrible danger. Et pourtant, elle va devoir y trouver sa place.

Le roman de José Carli est disponible depuis le 15 avril aux éditions Inceptio ! Vous pouvez dès à présent le trouver au format papier et numérique sur leur site web.

2. Un monde d’allure enfantin aux profondeurs très sombres

Lorsque j’ai vu pour la première fois la couverture de ce livre, j’ai tout de suite soupçonné que ça cachait quelque chose de louche. Inceptio nous a tellement habitué à souffrir en lisant les livres que tu ne peux pas juste te dire « oh, ça va être mignon ». Bien sûr que ça n’allait pas être mignon, qu’est-ce que vous croyez ? Ce roman, c’est un peu comme un œuf : au départ c’est tout lisse et tout doux, jusqu’à ce que la coquille se casse et te crache un truc gluant et suspicieux entre les doigts. Bruh.

L’intrigue présentée ici est extrêmement originale, tout en étant extrêmement traumatisante. Imaginez, tous les personnages que vous aimez, tous vos délires, tous vos cauchemars ont une existence qui est vouée à disparaître à la seconde où vous les oubliez. Vous abandonnez tout ce beau monde dans un univers plutôt cauchemardesque, sans explication et ils doivent y survivre de votre faute. J’ai trouvé ça juste horrible ! J’ai passé la moitié du roman à me sentir mal pour tous ces personnages qu’on croise et qui ont au final tous un côté sombre parce qu’ils ont tous vécu la même chose. Je sais pas si j’ai voulu, mais niveau psychologie, ça m’a énormément fait penser au phénomène d’abandon d’enfants, ou même à l’abandon des animaux domestiques sur le bord de la route, qui voient tout leur monde s’écrouler du jour au lendemain et sont contraints de s’adapter à une nouvelle vie. C’est aussi peut-être pour ça que ce texte m’a autant touchée. Toute la première partie du livre m’a presque fait pleurer, vraiment, cette histoire, c’est les montagnes russes pour votre kokoro.

Outre le côté sentimental, le monde des rêves abandonnés est aussi un très chouette exemple d’univers fantasy où tout est décousu et possible. J’ai beaucoup aimé ce voyage en compagnie des personnages où l’on passe de paysages enchanteurs jusqu’au far west, des montagnes jusqu’aux orphelinats vraiment creepy. Chaque univers présenté a une âme et une symbolique forte, le lecteur peut facilement s’identifier dans ces lieux, tout en s’émerveillant d’une pointe de totale originalité de la part de l’auteur. C’est comme un gros patchwork où l’on découvre peu à peu chaque nouvelle zone qui va de paire avec les différents univers qui se mélangent dans le récit : steampunk, décors de films d’horreur, mythologie pseudo-inca, roman de voyage… Il y en a vraiment pour tous les goûts, il suffit de se laisser porter.

Je suis tombée amoureuse du style d’écriture de l’auteur. Bien loin de tomber dans la facilité enfantine, il y a un énorme effort de stylisation qui donne au texte des allures poétiques et différentes de ce qu’on a l’habitude de lire habituellement. Les enfants sont un peu traités comme des personnages de contes : ils sont loin d’être idiots et possèdent une certaine maturité qui peut surprendre au premier abord mais qui s’adapte au final très bien au ton et au rythme du texte. Ce qui est génial, également, c’est que le ton monte en intensité au fur et à mesure de l’oeuvre. Au début, ça paraît vraiment enfantin, mais le lexique se complique et grandit en même temps que Soline avance et grandit dans l’aventure. Je trouve ça juste génial.

Les personnages, enfin, sont tous très, très bien travaillés. Même si leur grand nombre peut parfois être un problème pour se repérer ou pour bien comprendre certains enjeux de l’intrigue, ils sont tous très différents les uns des autres et ont tous une personnalité hors du commun. J’ai beaucoup aimé le personnage principal, Soline, parce que c’est le repère du lecteur dans ce monde dont on ne sait rien et elle est très attachante dès le départ. A chaque fois qu’il lui arrive quelque chose, ça nous touche et c’est exactement ce qu’on attend de ce type de personnage. J’ai aussi beaucoup aimé le personnage de Tuaki, rencontré en chemin, et qui est un grand fan de poésie et de philosophie… Tout en étant un gros baratineur du fait de ses origines. Le personnage a quelque chose de très humain et il reflète bien les émotions. Côté méchants, on a toute une palette de beaux salopards que je ne vais pas spoiler ici, mais on ne s’attend pas toujours à ce que ce soit le cas et ça rend l’histoire encore plus forte. L’auteur est un grand sadique, quelle surprise !

Pour conclure, je dirais donc que c’est un texte très fort en émotions, au style littéraire absolument magique, un univers qui emporte le lecteur et une vision du monde de l’enfance extraordinaire et très poétique. C’est une jolie petite découverte qui mérite de terminer sur vos étagères sans soucis !

3. Un petit extrait ?

Elle comprit que personne ne viendrait la chercher et se décida à rentrer seule. Elle se retourna pour prendre son cartable. Mais à sa grande surprise, elle ne trouva, à l’endroit exact où elle l’avait déposé, qu’un tas de poussière brugnon et argent qui se disloquait, emporté par le ruissellement de la pluie sur le bitume. Son sac avait disparu. C’était comme s’il avait fondu. Elle resta incrédule un instant à se demander comment cet objet imaginaire, sans prise avec le réel, avait bien pu être pulvérisé sans même qu’elle s’en rendît compte. Elle plongea la main dans le tas de particules pour voir s’il n’était pas simplement caché en dessous… Mais plus rien ! Son cartable avait bel et bien été réduit en cendre. Elle tourna sur elle-même plusieurs fois, regarda à droite, à gauche, en l’air. La rue était presque déserte. La lumière à l’intérieur de la boulangerie finit par s’éteindre. Le cœur pilonnant dans sa poitrine, elle se résolut à quitter les lieux en abandonnant le petit mont de particules qui se désagrégeait à petit feu. Elle déambula de rue en rue, luttant comme elle pouvait contre le vent. Ses vêtements, alourdis par l’humidité, qui collaient contre sa peau, gelaient son corps tout entier et rendaient sa marche pénible.
En arrivant devant la maison, les larmes, qu’elle avait réussi à contenir jusque-là, se mirent à couler abondamment de chaque côté de son visage. La voiture de Manon n’était pas là, toutes les lumières étaient éteintes. Pas âme qui vive. Il n’y avait plus le moindre doute. Il s’était forcément passé quelque chose de très grave.

Merci d’avoir suivi cette nouvelle chronique jusqu’au bout ! Je vous souhaite une très bonne fin de semaine et on se retrouve bientôt pour de nouveaux articles 😀

Un commentaire sur “[Inceptio] Soline et le monde des rêves abandonnés – José Carli

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  1. Je suis en train de le lire (il me reste 100 pages) et je trouve ta chronique superbe ! Je partage ton avis : ce livre est sublimement écrit, extrêmement touchant et émouvant, déroutant et très symbolique ! J’ai hâte de pouvoir le reprendre (j’ai dû intercalée un autre livre entre car j’ai une rencontre avec l’auteur ^^). J’adore ton retour de lecture ! ❤ Si tu veux, ça serait chouette de se retrouver sur fb ou insta (mélodie ambiehl) ? Je suis chroniqueuse aussi (chroniques pressées) et autrice. Enfin je pense qu'on a de quoi trouver des points communs surtout que je suis Inceptio moi aussi 😀 Voilà bonne journée et à bientôt j'espère pour papoter autour des romans inceptio !

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