[Inceptio] Menel Ara – Tome 1 – Vincent Dionisio

MENEL ARA – TOME 1 – VINCENT DIONISIO

Bonjour à tous et bienvenue dans cette toute nouvelle chronique Inceptio ! On se retrouve cette semaine pour Menel Ara, leur dernier bébé, signé un tout nouvel auteur et qui vaut le coup de ouf. Bonne lecture !

1. De crasses et de coups bas

Depuis que sept familles ont mis la main sur la ville de Menel Ara, celle-ci est divisée en deux : la Haute-Ville, lieu en apparence paradisiaque où la vie est saine et construite sur des contraintes sociales strictes et conservatrices, et la Basse-Ville, où le reste de la population s’entasse et tente de vivre de la meilleure façon possible malgré les inégalités flagrantes qui l’oppose à la partie florissante de la cité.

Si en apparence, tout va bien, il suffit de creuser un petit trou pour s’apercevoir que sous les apparences se cachent des personnages bien sombres. C’est l’histoire de Youri Komniev, dirigeant du conseil des Sept Familles et malade du contrôle, menacé par la pression de ses conseillers et de ses rivaux. C’est l’histoire de F., le chef des Martyrs, un groupe terroriste persuadé de pouvoir changer Menel Ara, quand bien même son propre camp se divise entre extrémistes violents et pacifistes. C’est aussi l’histoire de Suryena, gourou de la secte des Putras, un mouvement religieux qui court sous la surface de la ville et de personne ne connait vraiment l’influence. Trois dirigeants, trois histoires, et trois stratégies de contrôle défaillante qui conduisent la ville à une série d’événements de plus en plus incontrôlables.

Au milieu de cet échiquier politique se trouvent Gaël, Lili et Victor Dubuisson. Ils viennent de perdre leur père et leur vie ne sera plus jamais la même. Victor, qui a rejoint la Haute-Ville, veut se faire une place stratégique parmi les Sept Familles, même si ça implique de grands sacrifices. Lili, si douce et gentille, se découvre soudainement des envies de vengeance. Et Gaël, coincé entre les deux, ne reconnait plus vraiment la ville dans laquelle il a grandi. Quels rôles auront-ils à jouer dans le jeu implacable de Menel Ara ?

Vous le découvrirez en lisant le roman de Vincent Dioniso. Il est disponible depuis le 14 mai 2019 aux éditions Inceptio et vous pouvez le retrouver sur leur site en version papier et numérique.

2. Un miroir terrifiant de la société actuelle

Vous connaissez un peu la recette désormais pour rendre une Myfanwi heureuse : du drama, des personnages profonds et impossibles à définir, de l’imaginaire et de la politique. On tient le quatuor gagnant dans ce tout nouveau roman qui a été un coup de cœur absolu.

Vincent Dioniso nous entraîne dans une cité rétrofuturiste aux accents très steampunk : démesurée, basée sur des pratiques conservatrices et régressives, une Haute-Ville bling-bling à souhait où tout le monde vit dans de grands palais. En revanche, pas de grosses machines à vapeur ou d’intrigues lumineuses ici, on reste ancré dans de la dystopie très, très bien amenée. J’ai adoré le mélange des intrigues politiques, sociales et religieuses dans ce monde assez terrible au final : que l’on suive l’histoire pour l’aventure, les personnages ou les messages derrière, on a toujours une raison de suivre l’histoire.

L’intrigue, pour commencer, est franchement très cool. Nous suivons trois dirigeants, l’un du groupe politique le plus influent de la ville, l’un d’un groupe de résistance et l’autre d’une secte religieuse, et nous assistons à un jeu d’échec à l’échelle de toute la cité. Chaque parti a des arguments et des failles qu’il met tour à tour en avant, avant d’être battu par un de ses adversaires. Le jeu se pimente au fil de l’intrigue jusqu’à devenir totalement incontrôlable à la fin. Ce que j’ai beaucoup aimé, c’est le ton neutre employé pour chacun des dirigeants. Ils sont tous montrés à la fois comme justes, ou tout du moins avec un côté positif, mais aussi tous pointés du doigt en même temps, à la fois par l’auteur, mais aussi entre eux. Cela donne alors l’impression au lecteur qu’il doit faire un choix, un peu comme dans une élection présidentielle. Trois candidats, trois versions de gouverner, mais aussi et surtout trois futurs tous plus sombres les uns que les autres. Aucun de ces dirigeant ne semble vraiment capable de diriger entièrement la cité. Et c’est encore plus drôle quand on se rend compte qu’ils se complètent les uns les autres et formeraient un bon trio de tête.

Mais le coup de génie, c’est que chaque mouvement de pièce sur l’échiquier a une conséquence directe sur la population, représentée par Gaël, Lily et Victor Dubuisson. Pour les deux premiers, on ressent énormément les tentatives d’intimidation et de ralliement entre la secte religieuse et les Martyrs. Pour Victor, on plonge directement dans les crasses de la vie politique où il essaye de se faire désespérément une place. Leurs routes seront semées d’embûches et seront vouées à croiser celles de nos trois dirigeants, envers et contre tous.

Ce que j’ai énormément apprécié, également, c’est l’écho qu’a l’histoire avec notre monde. Enormément de références sont reconnaissables si on ouvre l’oeil. Parmi les messages que j’ai beaucoup aimé, il y a la dénonciation des extrémismes : qu’ils soit trop pacifiques et bien pensants, trop violents, ou au contraire trop religieux, trop imbu de pouvoir. On sent un découpage et une analyse millimétrée de notre paysage politique et social, poussée à l’extrême et amplifiée, dévoilant toute la pourriture qui ronge notre société. On trouve aussi un très beau message qu’on pourrait associer au Romantisme : les vieux sont tous des manipulateurs, des figures sombres, là où la jeunesse, bien que désabusée, est porteuse d’espoir et de renouveau. C’est un peu ce qui se passe en ce moment d’ailleurs : les vieux restent accrocher à leurs idées conservatrices que les nouvelles générations tentent difficilement de bousculer. J’ai adoré tous les messages de fond du texte, qui en font une histoire à plusieurs niveaux de lecture dont il faut avoir conscience pour bien prendre conscience de l’histoire. Difficile également de ne pas faire de lien sur le terrorisme et la montée de la religion aujourd’hui, alors que ce sont deux thèmes centraux du récit.

En effet, l’intrigue paraît mettre du temps à prendre place, mais en réalité, chaque morceau compte. La première partie vous corrompt peu à peu, avant d’envoyer un feu d’artifice de nouveautés dans la seconde partie. Néanmoins, on sent ici que ce tome est introductif. Puisque c’est une saga à suivre, je peux vous dire que la suite sera encore pire. Le tome 1 nous montre un peu la partie longue de la partie d’échecs, mais on rentre maintenant dans les dernières cases, celles qui apportent toute la tension. Chaque mouvement aura des conséquences à présent et ça va devenir de pire en pire.

Oh, j’avais presque oublié, il y a du drama, beaucoup, beaucoup de drama. Le chapitre 12 est incroyable entre autres, j’en suis restée sur le cul. De même pour la fin, qui fait vraiment froid dans le dos. Je serais totalement au rendez-vous pour la suite de l’aventure, super découverte.

3. Un petit extrait ?

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Sa sœur sanglotait sur son épaule, ses convulsions le secouaient, mais lui resta impassible lorsque le cercueil de son père se referma. Balthazar Dubuisson n’était plus, emporté par la maladie. Sa force, son charisme et sa vigoureuse neutralité avaient totalement disparu, ne laissant qu’une dépouille blanchâtre. « Repose en paix », pensa Gaël, tout en laissant échapper une larme.

A sa droite, Victor, son frère aîné, ne montrait pas d’émotion. Comme d’habitude, il s’efforçait de paraître à son avantage, mais, en telles circonstances, son expression dure s’apparentait à de la grossièreté. Chacun ressent le décès de son père comme il l’entend, mais Gaël ne put s’empêcher d’éprouver une certaine révolte face au contraste entre sa sœur et son frère.

Lili avait fondu en larmes dès l’annonce de la nouvelle, et ses yeux ne s’étaient plus asséchés depuis lors. Des trois, c’était elle qui était restée la plus proche de son père. Plusieurs fois par semaine, elle passait la soirée avec lui. Le rituel était toujours le même : elle lui demandait de ses nouvelles, il éludait la question, préparait le gratin de courgettes dont il était si fier et qu’il était le seul à aimer, puis ils se livraient ensuite à une de leurs sempiternelles parties d’échecs. L’ancien maître international qu’il avait été n’avait jamais perdu contre sa fille, mais il se plaisait à la voir progresser. Depuis quelques temps, il avait même éprouvé des difficultés à la battre.

Gaël regarda sa jeune sœur effondrée et se sentit attristée pour elle. Lui-même n’avait plus énormément de contacts avec son père et, évidemment, il avait fallu attendre le tragique événement pour qu’il se prenne à le regretter.

Merci à tous d’avoir suivi cette chronique et à bientôt pour de nouveaux articles !

3 commentaires sur “[Inceptio] Menel Ara – Tome 1 – Vincent Dionisio

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  1. Je découvre (il me semble) tes chroniques et je dois avouer que je les aime beaucoup! C’est riche et fouillé, tout ce que j’aime. Je note ce titre avec plaisir car les points du quatuor que tu aimes tant me plaisent aussi 😉

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