[Beta Publisher] 77 Assassins – Henri Duboc

77 ASSASSINS – HENRI DUBOC

Bonjour à tous ! Déjà, une mauvaise nouvelle, je ferais pas mon Master au Havre. C’est la vie, c’est comme ça, mais j’ai déjà rebondi vers un service civique et j’attends des nouvelles. Je compte pas me laisser abattre et je retenterais l’année prochaine 🙂 En attendant, on reprend les articles à un rythme normal, enfin, et ça fait du bien ! Aujourd’hui, une petite chronique sur la dernière sortie des éditions Beta Publisher qui vaut vraiment, vraiment le coup : 77 Assassins, de Henri Duboc.

1. L’affaire de la bouillie blanche

Damien Hachett est médecin légiste. Du matin au soir, et parfois du soir au matin, il scrute des macchabées pas tous frais et remue joyeusement leurs entrailles pour déterminer la cause de leur mort. Chacun ses hobbies. A côté de ce travail déjà chronophage, Damien est aussi écrivain. Après un premier roman auto-édité dans sa jeunesse, Octet Noir, qui n’a pas été un franc succès, il a finalement réussi à se hisser sur la scène littéraire avec Coro-Nerfs en Dix-Sections qui lui a valu un petit succès.

Mais voilà, depuis quelques jours, son quotidien est bouleversé par une série de morts étranges, étouffés par une bouillie blanche et gluante dont il n’arrive pas à identifier l’origine. Cependant, quand il découvre que les corps ont tous plus ou moins comme point commun d’avoir touché son premier roman, Octet Noir, il comprend qu’il est dans une sacré merde de prout liquide et qu’il a vite intérêt à trouver une solution.

Poursuivi par son ancien texte, Damien, avec plus ou moins l’aide du professeur Husse, le nouveau chef de l’institut medico-judiciaire qui a du mal avec la gestion de la colère, et Zackarie, un ami de l’institut concurrent que Husse ne peut justement pas blairer, il se lance dans la recherche du monstre littéraire qui s’en prend à ses anciens lecteurs. Avec quelques surprises.

MEUUUAAAARRH !!!

Ce fantastique roman est disponible depuis le 26 juin aux éditions Beta Publisher et je vous recommande de vite vous le procurer, il vaut vraiment, vraiment le coup. Il est disponible sur le site des éditions Beta Publisher au format papier et numérique : CLIQUE ICI !

2. Mais qu’est-ce que je viens de lire là ?

77 Assassins est ce qu’on pourrait qualifier de texte hors-norme. Je serais incapable de vous le classer. Il y a du thriller, du fantastique, des mélanges d’autres genres de textes comme la science-fiction, de l’humour, BEAUCOUP d’humour, du politiquement très incorrect et du gore très gore. Voilà, mélangez tout ça très, très fort et vous obtenez un roman totalement déjanté, provoquant, et qui va vous faire passer un moment hors de la réalité auprès de personnages tous plus incroyables les uns que les autres et une intrigue qui dévore votre cerveau jusqu’au point de non-retour.

Ce livre est un énorme coup de cœur. Je me suis écroulée de rire devant certains passages (une pensée au fantastique destin de monsieur Boubouquain qui m’a absolument achevée), alors que d’autres sont au contraire très, très flippants. C’est ça le truc avec ce livre, vous ne savez absolument pas où vous allez et donc tout ce qui se passe peut être interprété comme extrêmement flippant ou au contraire extrêmement drôle. Je me suis pas ennuyée une seconde, j’ai dévoré ce livre (je vous jure, il en reste plus une page !) en quelques jours et il m’a totalement fait oublié l’échec de ma candidature de Master, donc je ne peux que remercier l’auteur.

L’intrigue est parmi l’une des plus originales que j’ai jamais lu. Déjà, le cadre de la morgue, c’est un milieu pas très courant pour une histoire, mais rajoutez à ça une enquête en compagnie de chefs de services prêts à se sauter à la tronche et des policiers pas très compétents, vous obtenez une histoire abracadabrante qui part dans tous les sens où pour reconstruire tous les morceaux du puzzle, il va vous falloir être très attentif. Passé la révélation de qui est l’assassin, l’histoire est loin de s’arrêter avec de plus en plus de péripéties, vous n’êtes pas au bout de vos surprises. Je ne peux malheureusement pas vous en dire plus sans spoiler le livre, mais je vous invite grandement à aller le lire.

Ce que j’ai adoré dans le style de l’auteur, c’est les petites piques lancées à droite à gauche contre différents types de personnes. Les critiques sur le milieu de l’édition, et en particulier les grandes maisons d’édition, celles qui publient de la « haute littérature », entre autres, sont absolument géniales. L’auteur s’attaque à tout le monde, vous êtes prévenus, et il le fait sans aucune pincette. Par exemple, ceux qui aiment les animaux, et en particulier les chats, je vous souhaite bon courage en lisant le livre. Il y a également des passages très profonds qui vous surprennent de temps à autre, comme les critiques sur les médias (que je rejoins totalement pour le coup ahah) et d’à quel point la « neutralité d’opinion », c’est bien de la merde. Bref, c’est un livre avec de multiples lectures, libre à vous d’en rester au niveau « oh lol, il a des grosses couilles » (vous comprendrez en lisant) ou d’aller beaucoup plus loin en lisant entre les lignes.

Et je n’ai pas encore mentionné le potentiel de jeux de mots de l’auteur qui a largement dépassé le mien. Chapeau bas. Ça fait plaisir de voir que je suis pas la seule à m’amuser avec les noms des personnages dans mes romans, je commençais à me sentir seule xD J’ai trouvé mon maître.

Les personnages, également, sont tous extraordinaires. Mis à part Damien qui a beaucoup de profondeur et de retournements dans le développement du personnage, les autres sont porteurs de gros stéréotypes, exacerbés au maximum, pour vous faire mourir de rire. Même si trois personnages sont vraiment importants pour l’intrigue, Damien, Husse et Zackarie, tous les autres sont remarquables et sont là pour vous faire pleurer de rire. Je n’en dirais pas plus pour ne pas gâcher votre plaisir de découverte, franchement, allez juste voir. Le livre vaut le coup juste pour ça.

J’ai beaucoup aimé le personnage de Damien que l’on voit vraiment évoluer tout au long de l’intrigue jusqu’à nous surprendre en devenant plus ou moins bien plus mature que le reste des personnages alors que c’était (vraiment) pas gagné au début. J’ai aussi eu un gros coups de coeur pour Husse et son retournement de situation vers les trois quarts de l’intrigue qui est juste magique. J’ai toujours eu un faible pour les personnages colériques, mais celui-ci, il est juste exceptionnel.

En bref, ce roman est un énorme coup de coeur, j’ai passé un excellent moment devant à me tordre de rire dans mon lit. Je vous conseille vraiment de le découvrir et de le dévorer (sens propre ou figuré, ça, c’est vous qui voyez) sans tarder ! C’est une lecture estivale qui fait du bien !

3. Un petit extrait ?

Chapitre 10 – Allélouillelaille

16h, Fougères,

rue Lebouteiller, le même jour

Mais… mais enfin qu’est-ce que…? Mais qu’est-ce que c’est que ce truc RÉPUGNANT ?

Le Père Auxyde d’Idyogène, curé de son état, n’en revient pas. Un coup d’œil rapide à sa main, un roulement du bout des doigts, et il en a déjà trop vu.

Ah non ! C’est absolument ABJECT !

Bel effort en tout cas, il prend sur lui. Son courage à deux mains, ravalant fierté, dégoût et salive, il déglutit silencieusement et enfourne les mains dans son aube sans rien laisser paraitre. Au contraire, il affiche comme si de rien n’était un radieux sourire dévoilant deux rangées d’impeccables dents, aussi polies et brillantes que des calices du Vatican sortis pour une messe de Pâques.

Mais il se ravise bien vite. Certaines personnes dans le cortège funèbre n’apprécient guère la chaleur rayonnante de cet unilatéral et inadapté simulacre de bonheur. En pleine figure, le prêtre Auxyde se prend une volée de regards noirs de paroissiens très mécontents.

Particulièrement ceux qui entrent dans l’église avec, sur leurs épaules, le cercueil.

Mais qu’est-ce qui s’est passé, crénom de Zeus…

Les voilà tous entrés.

Le père les suit religieusement, tête inclinée et petits pas de rigueur, alors que le cortège avance vers le cœur de l’église. Il sort maladroitement une main, tente de la lever à son front, mais se ravise : à peine sa main est-elle hors de son aube qu’elle dégouline sur le marbre de l’allée centrale. S’il se signe, il va s’en mettre partout. Exorciser une pareille cochonnerie le démange, il en a plein les doigts de cette épaisse substance blanche, mais tant pis, il va devoir faire avec.

Par tous les Saints, je vais quand même pas me taper toute la messe avec cette immondice gluante sur les mains !

À son entrée dans l’église, en trempant ses mains dans le bénitier pour se signer, il n’est pas tombé sur la sainte et habituelle eau bénite, loin de là. De toute évidence, quelqu’un a vomi un truc bizarre dans le bénitier. Quelque chose de blanc, visqueux, épais et gluant.

Nom de dieu de putain de Lucifer de mes couilles… À tous les coups, c’est encore ce connard de sacristain qui s’est terminé au vin de messe.

Tartebouille. Le sacristain. Très grand, très bossu, très gentil, très bête, très obsédé sexuel et très nécessiteux. Le curé n’en peut plus. C’est l’idiot du village à qui il prête gîte et couvert au presbytère depuis son enfance, en échange de services à l’église. Mais c’est à se demander qui aide qui.

C’est pas vrai… mais qu’est-ce qu’il a encore trouvé à faire, ce con ? Cet imbécile a dû me bouffer toutes les hosties et il a tout dégueulé dans le bénitier. Le ciboire doit être vide… Comment je vais donner la communion, moi ?

C’est maintenant la tête que le père Auxyde se retient de se gratter. Devant, on marche toujours doucement, bercé par le tiède bruissement à peine audible des pas sur la pierre.

Il est passé où d’ailleurs, cet imbécile… Ah mais oui, j’ai failli oublier ! Enfin un peu de paix du Christ, pour une fois !

Pour respirer un peu, entre Noël et jour de l’an, il envoie Tartebouille gagner quelques sous au supermarché du coin pour arrondir ses fins de mois, derrière une barbe de père Noël, où il distribue des ballons gonflés à l’hélium aux enfants en essayant de ne pas trop leur faire peur.

Le cortège portant la dépouille funeste a enfin terminé sa déambulation. Les six paroissiens descendent le grand cercueil et le posent sur des tréteaux, dernière escale terrestre avant le grand voyage à bord de ce navire tout de chêne massif, à la fenêtre duquel la tête du défunt grand-père contemple une dernière fois les restes de son équipage, sa famille, venue lui rendre un ultime hommage.

Ah là là, j’en ai ma claque d’enterrer des ouailles… c’est pas possible, d’ailleurs. Qu’est-ce que c’est que cette épidémie de macchabés qui décime le diocèse en ce moment ?

Le prêtre dépasse le corps, le salue brièvement, continue vers l’autel et s’apprête à monter les marches pour se coller derrière le prétoire.

Il est grand temps que ça commence.

Tartebouille… encore une gaffe, imbécile… il y a deux semaines, sous prétexte qu’il n’y avait plus de bois, tu m’as balancé dans la chaudière les grands santons de bois sculptés pour chauffer le presbytère, achetés par les paroissiens qui se sont saignés aux quatre veines. Dire qu’il a fallu bricoler cette ridicule crèche de dernière minute avec ce…

Au passage, petit coup d’œil vers la crèche.

Tiens, Joseph est coupé en deux. Le torse à droite, les jambes à gauche. Quant à la tête, allez savoir.

Qu’est-ce que…?

Marie prie consciencieusement à genoux, mais curieusement, elle a le visage en plein devant le cul de la vache.

Mais qu’est-ce c’est que ces CONNERIES ? MAIS… MAIS IL EST…

Suspendu à un ballon hélicoptère, un ballon Mickey, un ballon Dingo et un ballon Dora l’exploratrice, l’ange Gabriel vole majestueusement au-dessus de tout ça. Et les trois Rois mages en carton ont la tête enfoncée dans le cul du grand âne en peluche.

MAIS IL EST COMPLÈTEMENT DINGUE, C’EST PAS POSSIBLE !

Le petit Jésus est barré on-sait-pas-où, et à sa place, dans son berceau de paille, une mare de dégueulis tout blanc.

Là, le prêtre fulmine. Rouge écarlate, il est sur le point d’exploser.

C’est alors qu’il se rend compte qu’il s’est arrêté tout net et qu’il a hurlé sa dernière phrase au beau milieu de l’église. Sa colère libérée fait écho à l’infini contre les glaciales murailles de pierre.

C’est tout pour cette grosse chronique, qui je l’espère, vous aura envie de découvrir ce petit bijou littéraire. On se retrouve bientôt pour de nouveaux articles ! Des bisouilles !

Un commentaire sur “[Beta Publisher] 77 Assassins – Henri Duboc

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  1. Oh purée, d’accord, rien que l’extrait m’a fait m’écrouler de rire, mais qu’est-ce que c’est que ce livre ? XDDD
    Merci pour l’article ! Ça donne envie d’aller lire ! 😀

    J'aime

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