[Inceptio] Agravelle ou l’envers du temps – Maxime Herbaut

AGRAVELLE OU L’ENVERS DU TEMPS – MAXIME HERBAUT

Coucou ! Et encore une petite chronique cette semaine en compagnie des éditions Inceptio pour leur dernier arrivé, Agravelle ou l’envers du temps. Saurez-vous faire le bon choix et craquer pour ce roman ?

1. Vieux os et vieilles histoires

N’avez-vous jamais rêvé de revivre des passages de votre vie ? De changer le cours de votre propre histoire ? De réparer les erreurs du passé ?

C’est l’occasion unique qui est offerte à Lucien Agravelle, un vieillard à la vie longue et compliquée, mais coincé depuis quelques années dans le Château d’Urgis, dans l’attente de sa dernière heure comme bon nombre des pensionnaires à cannes et à chaises roulantes qui hantent les couloirs. Un brin rêveur, le quotidien de Lucien se résume à se perdre dans les vieux livres d’aventure qui ont marqué son enfance, et surtout à la surveillance des balayeurs, des créatures que lui et René, son acolyte en fauteuil, sont les seuls à voir, et qui représentent une menace de plus en plus grande à leurs yeux.

Pour son anniversaire, Esther, une colocataire artiste, lui propose d’aller regarder les étoiles filantes, dehors. Mais qu’elle ne fut pas sa surprise lorsqu’un train se détacha du ciel pour lui foncer dessus ! Il a le droit à trois voyages. Trois voyages pour revivre sa vie et tenter de modifier les erreurs qu’il a pu commettre tout au long de sa vie.

Mais cette proposition utopique ne cacherait-elle pas d’autres desseins… plus sombres ?

Embarquement immédiat en compagnie des éditions Inceptio pour cette toute nouvelle aventure qui mélange fantastique, roman de voyage et roman d’aventures. Vous pouvez le trouver en version papier et numérique sur leur site depuis le 8 octobre 2019 !

2. A la recherche de la Fontaine de Jouvence

Ce livre est une petite pépite très originale et très, très intelligente. Au premier abord, j’avoue avoir trouvé la lecture un peu difficile, mais la fin permet de relier entre eux tous les éléments pour créer un tableau tout simplement incroyable. Un voyage qui, à coup sûr, ne vous laissera pas indemne.

Pour commencer, vous connaissez mon amour pour les auteurs qui s’essaient à l’hybridation des genres littéraires. Ici, le moins qu’on puisse dire, c’est que j’en ai pris plein la vue. Non seulement ce récit mélange un peu toutes les littératures de l’imaginaire, auxquelles s’ajoutent des inspiration du roman de voyage, du roman d’aventures, du Jules Verne, un peu de cape et d’épée également, ce qui en fait un véritable petit OVNI littéraire qu’il est impossible de tout à fait classer dans l’une ou l’autre des catégories. A cela s’ajoute, ô joie suprême, un jeu sur les formats du texte : extraits de romans fictifs dans le roman, journaux intimes, allers-retours entre le « présent » et le « passé ». Le récit est une éternelle montagne russe qui vous fait découvrir plein de narrations différentes, ce qui peut au premier abord déstabiliser le lecteur, parce qu’on ne comprend pas tout de suite où le récit veut en venir par moment. En gros, pour le prix d’une histoire, vous en avez trois, si on ne conte pas les histoires imbriquées dans les histoires et les chronologies qui s’entremêlent, qui pourraient elles-aussi être lues comme des contes.

Parmi les éléments que j’ai beaucoup apprécié dans l’histoire, pour commencer, il y a l’univers. L’histoire ne se passe pas en pays connu, ce qui classe l’histoire en fantasy, sans totalement y rentrer puisqu’il y a beaucoup de rappels au présent. C’est une sorte d’univers parallèles où les choses se sont développées différemment grâce aux Solymes, des… choses qu’on ne nous décrit jamais vraiment, mais qui ont une importance capitale pour l’histoire. Je vous laisse découvrir pourquoi. A ce côté fantasy s’ajoute le côté fantastique avec les balayeurs, des espèces de spectres-pas-tout-à-fait-spectres, agressif-mais-pas-trop-agressifs, qui sont très, très intrigants. J’avoue avoir un peu deviné de moi-même leur vraie essence, mais la révélation finale fait quand même un choc. Méfiez-vous. Et enfin, on plonge dans la science-fiction bien évidemment avec tout ce qui est voyage temporel. Un pari risqué mais audacieux quand on sait à quel point les histoires temporelles peuvent se transformer en enfer pour un auteur s’il maîtrise pas assez sa cohérence. Ici, c’est très malin, car le côté ancré dans la fantasy et le fantastique permet de ne pas avoir à expliquer le côté plus chiant des voyages temporels. C’est comme ça, parce que c’est comme ça. Et ça convient au lecteur.

Ce que j’ai beaucoup aimé, également, c’est le côté très contemplatif de ce roman. Quand il n’y a pas trop d’actions, on se laisse juste porter par les descriptions de paysages qui sont très immersives. C’est un des gros points forts du roman, les descriptions sont franchement réussies. Ces moments sont également bien dosés avec la partie plus enquête/action, qui cherche davantage à nous faire réfléchir sur les conséquences. Toute cette histoire se base sur ça d’ailleurs : les conséquences que des choix malencontreux peuvent avoir sur l’existence. Les personnages d’Alexandre ou de Luron, entre autres ici, illustrent parfaitement bien ça. L’axe réflexif est présent, sans être poussé. Disons qu’il faut un peu creuser pour le trouver parfois, mais c’est toujours sous-entendu, ce qui crée un livre avec plusieurs niveaux de lecture complexes qui peut-être relu de plusieurs façons différentes.

Les personnages, parlons-en. Déjà, j’ai toujours eu un faible pour les vieux croûtons un peu aigri. Le personnage de Lucien Agravelle est terriblement attachant, aussi bien dans ses aventure dans la maison de retraite que dans celles de son passé. On ne peut juste pas ne pas s’attacher à ce bonhomme touchant. Le fait que la vision du passé est vue du point de vue du vieillard apporte énormément à l’intrigue aussi. Ce serait pas du tout la même expérience de lecture si ce paramètre n’était pas pris en compte. C’est aussi un personnage très doux, qui aime les jolies choses, et je l’ai trouvé franchement touchant comme gars. On ne peut pas en dire autant des autres personnages. Ils sont tous très complexes et ils ont leurs buts et objectifs à atteindre. J’ai adoré le personnage de Luron, par exemple, comédien assez las de la vie et en quête de frissons, ou même le comte d’Urgis, qui est un personnage incroyable pour des raisons un peu moins bonnes. Ils ont franchement tous leurs qualités et on finit par s’attacher à chacun d’entre eux malgré leur grand nombre.

En bref, c’est une excellente histoire toute douce qui vous invite à réfléchir le passé d’une autre manière, avec des personnages extrêmement attachants et une intrigue riche en rebondissements. J’ai totalement adhéré à ce petit OVNI que je vous recommande chaudement ! Super découverte.

3. Un petit extrait ?

On appelle cet endroit le Château des Heures Comptées. Enfin, ça, c’est le nom que lui donnent ceux qui n’y habitent pas. Quant à nous, ses bienheureux résidents, nous l’appelons le Château d’Urgis.

Nous ne sommes pas bien nombreux à y loger, et au train où nous allons, ses chambres ternes seront bientôt désertes pour de bon. Les heures du Château même sont comptées, tout autant que les nôtres. Perché sur son promontoire rocheux aux creux des Congères, il accueille maintenant ses derniers pensionnaires, la petite commune d’Urgis n’ayant plus les moyens de le maintenir en état. Il tombe en ruines comme nous, et comme nous il se vide peu à peu : une poignée d’octogénaires en partance, presque autant d’aides-soignants échoués là on ne sait comment, deux médecins qui se relaient, et puis les balayeurs, ces foutus balayeurs de misère… Quand les uns seront morts et les autres affectés en quelque établissement moins glauque, seuls les derniers hanteront encore les lieux. Ou peut-être se dissiperont-ils purement et simplement, comme le font les mauvais rêves ordinaires. A vrai dire, j’aimerais mieux ça. L’idée que ces lugubres rôdeurs de couloirs doivent me survivre m’est de plus en plus pénible à supporter.

Depuis la fenêtre de la bibliothèque – où je passe l’essentiel de mes journées -, on voit le village d’Urgis, en bas, dans la vallée, accroché au convoi immobile des montagnes, semblant chercher refuge auprès d’elles. C’est exactement ce que j’ai fait, d’ailleurs, en venant m’enterrer dans cette région reculée : demander la protection et l’oubli de la rocaille, m’abriter derrière la vaste muraille crénelée des Congères. Là où aucun de mes anciens compatriotes ne songerait à venir me dénicher.

Quarante-sept ans d’exil… quarante-sept ans de ce purgatoire, pour finalement atterrir au Château, qui n’est jamais qu’une autre espèce de purgatoire. Un purgatoire en pantoufles et robe de chambre, mais qui n’en reste pas moins ce qu’il est. Les jours que l’on y passe s’achèvent comme les lampes s’éteignent l’une après l’autre, à la tombée de la nuit, dans la maison d’un enfant qui a peur du noir.

C’est tout pour cette petite chronique qui, je l’espère, vous aura donné envie d’en savoir plus. On se retrouve bientôt pour la suite de l’aventure. Il y a plein d’interviews qui arrivent bientôt, ainsi que quelques articles sur l’écriture. A très vite !

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