[Séma Editions] Consolament – Céline Rosenheim

CONSOLAMENT – CÉLINE ROSENHEIM

Bonjour à tous ! Voici la première lecture du mois de juin, toujours chez Séma Editions. On fait cette fois marche-arrière vers le Moyen Âge avec un texte historique plutôt sympa et qui vaut la peine d’être découvert.

1. Guerres de foi

Rien ne va plus dans le duché de Nebleim depuis le décès de Carloman, le duc. Les terres sont désormais gouvernées par une femme, Ermessende, et cela ne fait pas l’unanimité parmi ses voisins, à commencer par le prince Louis III d’Histrionie, qui aimerait bien s’emparer de ce petit bout de terre pour installer sa puissance. Malgré ses tentatives pour éviter la guerre, Ermessende doit se rendre à l’évidence : celle-ci est inévitable.

Dans le même temps, le duché subit plusieurs épidémies et catastrophes naturelles qui fragilisent la position de la duchesse. Pourtant, celle-ci espère toujours la Lumière grâce à sa foi. Les Parfaits affirment que ces épreuves sont pourtant nécessaires car la Terre, création du diable, perd la bataille contre le chœur des anges qui appellent à eux ceux encore prisonniers en bas.

Le jugement dernier est proche, et le seul espoir des hommes est le consolament.

Ce petit texte de fantasy historique sera disponible aux éditions Séma en juin 🙂 Il n’est pas encore sorti officiellement à cause de la crise sanitaire, mais je vous le ferai bien sûr savoir sur mes réseaux lorsque ce sera le cas !

2. Un Moyen Âge très réaliste

Ce fut une lecture très, très complexe. J’ai eu un peu de mal à rentrer dans l’intrigue. L’aspect historique n’est vraiment pas mon fort du tout et j’ai peut-être été un poil trop ambitieuse sur ce texte. La vérité, c’est que je n’étais pour le coup pas vraiment le public cible de cette histoire, même si elle est bourrée de qualités et plaira sans aucun doute à des lecteurs plus habitués à l’écriture historique.

L’intrigue est très chouette. Nous sommes plongé en plein Moyen Âge et assistons aux déboires du duché de Nebleim et des terres d’Histrionie, principalement pour des raisons de fois. Les suivants de Nebleim sont des parfaits, adepte des religions cathares, qui, en gros, pensent que tous les hommes sont prisonniers sur Terre et contraints à la réincarnation jusqu’à ce qu’ils puissent recevoir le Consolament, un baptême qui leur permet d’accéder au chœur des anges pour lutter contre le diable. Ils s’opposent aux « christerciens », qui correspond davantage à la religion chrétienne catholique et l’idée que l’on s’en fait aujourd’hui. Cas classique : les « christerciens » considèrent les Parfaits comme des hérétiques et veulent donc s’en débarrasser. De plus, Louis III, le prince d’Histrionie, considère qu’Ermessende, de par son sexe, ne devrait pas se retrouver à la tête du duché, parce qu’avoir quelque chose entre les jambes change bien sûr tout à l’intelligence, c’est bien connu.

Le sujet est dans tous les cas incroyablement bien maîtrisé, et j’ai beaucoup aimé en apprendre un peu plus sur cette période que je connaissais de nom, pour tout dire… Et c’est tout. Le travail de recherche est de grande qualité et même si la situation est très complexe, on comprend peu à peu où l’on va et comment ça fonctionne. C’est la partie que j’ai un peu moins aimé dans le roman également, mais plus parce que je suis pas très fan de l’historique habituellement, et qu’ici, le conflit est quand même vachement complexe et il est difficile d’en comprendre tous les tenants et aboutissants.

La partie qui m’a beaucoup plus plu, en revanche, c’est celle qui joue sur la fantasy avec les tas de problèmes qui surviennent dans les villages entourant le duché. Il y en a pour tous les goûts : vague de morts-nés, épidémies, catastrophes naturelles inexpliquées… Chaque passage prend vraiment aux tripes pour le coup et donne envie d’en savoir plus. J’ai été assez frustrée, parce qu’au final, chaque événement n’a pas énormément de répercussions dans la suite de l’histoire, alors que ce sont de super points pour l’intrigue. J’aurais vraiment préféré avoir plus de précisions sur ces phénomènes plutôt qu’un centrage sur la guerre, qui est déjà un thème plus classique.

Néanmoins, je comprends aussi parfaitement que tous ces événements font partie d’un avertissement « divin », qui correspond aussi à l’ambiance du texte. C’est un de ces textes à plusieurs niveaux de lectures, ce qui rend assez difficile sa classification. Même si c’est techniquement de la fantasy, pour ma part, ce n’est vraiment pas le choeur de l’intrigue. On se rapproche davantage du type de merveilleux qu’on retrouve dans la littérature médiévale classique, avec des points d’intérêt dont il faut trouver les sens cachés pour que l’ensemble de l’histoire fasse sens. C’est aussi pour cette raison que le texte est compliqué. Il y a tout le temps des niveaux de lectures, mêlé au contexte historique ultra-dense, ça fait énormément d’informations à assimiler et ça m’a beaucoup ralentie dans ma lecture.

Pour ce qui est des personnages, pour le coup, je n’ai pas grand chose à dire. Ils sont tous vraiment très bien traités et j’ai adoré suivre les principaux d’entre eux, qui sont attachants. Le texte fonctionne aussi avec beaucoup d’étrangers qui illustrent les divers facettes de l’intrigue. Cela peut être déroutant, mais pour ma part, étant fan des textes qui jouent avec ce type de narration, j’ai été plutôt bien servie. J’ai eu un énorme coup de coeur sur Ermessende, même si la fin du roman m’a un peu perdue pour le coup. Déjà, c’est une femme à la tête d’un duché, ce qui donne forcément lieu à des enjeux et des lectures engagées sur le sujet, mais j’aime beaucoup comment elle gère chaque crise avec les moyens du bord. C’est un personnage plein d’espoir qui fait plaisir à lire, même si sur la fin, je trouve qu’on perd un peu son essence. Louis III, je l’ai trouvé détestable, vraiment. Mais détestable dans le bon sens du texte. C’est encore un de ces textes qui vous force à prendre partie pour l’un ou pour l’autre. J’ai aussi beaucoup aimé Guillaume, le troubadour, mais c’est sans doute parce que j’ai un petit faible pour les artistes médiévaux en temps normal. J’ai beaucoup aimé son développement.

Enfin, s’il y a bien un point sur lequel je ne peux rien reprocher, c’est bien sûr le style d’écriture de l’autrice. Il est incroyable, très précis et super riche. Je suis tombée amoureuse de ce type de narration, c’est vraiment du bon travail.

En bref, même si je n’ai pas spécialement accroché au côté trop historique de l’intrigue qui ne laisse pas la place à la fantasy que j’attendais, c’est une découverte très sympa qui traite de politique et de religion, avec des personnages marquants et de jolis messages à décoder.

3. Un petit extrait ?

La plupart des paysans du village partageaient l’avis de Martha et la foule finit par se ranger sous la bannière d’une opinion unanime. A l’aube, un étrange cortège armé de fourches se dirigea vers la petite maison d’Henrietta et hurla sa colère :

– Sors de ta tanière, fille qui sert le diable et invoque les serpents !

La pauvre femme fut surprise par cette clameur soudaine. Elle ne comprenait pas les propos de ces paysans sur le diable et les serpents, qu’elle n’avait du reste jamais vus, mais elle percevait la haine qui sourdait de leurs suppliques. Quelque part dans son coeur, l’instinct des bêtes traquées s’éveilla, car la simplette devinait ce que racontaient les étincelles d’un regard et les tremblements d’une voix. La haine couvrait de son voile rouge la foule qui frappait à sa porte. La haine submergeait la raison de ces gens. Henrietta courut dans le potager et franchit la ridicule clôture qu’elle était incapable d’entretenir. Elle courut jusqu’à en perdre haleine, trébucha maintes fois et se releva en boitillant jusqu’à ce que la silhouette du village ne fût plus qu’un point sur l’horizon. Elle trouva un bois et s’engouffra dans le giron de ses troncs d’arbres. Elle se blottit parmi les ronces et consentit à s’asseoir pour reprendre son souffle. Lorsque son coeur affolé retrouva enfin la calme danse de son battement coutumier, Henrietta pleura. Les larmes coulèrent longuement et peut-être n’étaient-elles pas encore taries lorsque l’ombre engloutit le dessin des feuillages dans son noir indistinct. La nuit gela la silhouette famélique qui ne trouva qu’un sommeil agité où les songes se teintaient invariablement de rouge.

Voilà, c’est tout pour cette petite chronique 😀 N’hésitez pas à aller découvrir le texte à sa sortie, c’est une période difficile pour le secteur du livre. J’en profite pour vous annoncer que j’ai désormais un Discord dédié à l’écriture et la lecture. Vous pouvez le rejoindre en suivant CE LIEN. Des bisouilles et à bientôt !

Un commentaire sur “[Séma Editions] Consolament – Céline Rosenheim

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  1. Je viens de le commencer et j’aime beaucoup la narration et l’univers bien travaillé entre l’époque et le côté plus fantasy. Ermessende me plait beaucoup tout comme Guillaume. Les événements surnaturels m’intriguent beaucoup comme cette histoire d’anges et de foi très différente selon les dûchés.

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