[Crin de Chimère] Printemps de funérailles – Alexandre-Fritz Karol

PRINTEMPS DE FUNÉRAILLES
ALEXANDRE-FRITZ KAROL

Bonjour à tous ! Nouvelle chronique en partenariat avec Crin de Chimère pour un livre qui m’a mise dans tous mes états ces quinze derniers jours et qui est tellement exceptionnel que je n’arrive plus à penser avec cohérence. C’est parti pour la présentation de Printemps de funérailles !

1. Une chasse à l’homme titanesque

Luther Falkenn est un chasseur de primes renommé. Avec son allié Boniface, un chat aux yeux violets et à la langue bien pendue, il écume le monde à la poursuite des bandits les plus recherchés… Et surtout les plus lucratifs. Alors qu’il revient d’une chasse bien juteuse, il est interpellé par un nain issue d’une famille de banquiers de grande influence dans les terres de Pont-Salin, les Scramasaxe, qui souhaite obtenir ses services sur une affaire délicate. Une jeune comptable, Ambroisie Galate, s’est faite la malle avec des informations compromettantes qui pourraient faire tomber l’intégralité de leur dynastie. Il souhaite qu’elle soit retrouvée, le tout en échange d’une somme coquette d’argent.

Mais en arrivant à Solmost, Luther comprend que l’affaire est bien plus complexe qu’elle ne l’était au premier abord. Mensonges, tromperies, coups bas familiaux viennent entraver sa mission et le guident sur la piste d’un problème bien plus inquiétant.

En effet, depuis plus de vingt ans, la guerre fait rage entre la Ligue de Skarland et l’Empire Anscaride. Alors que Pont-Salin se retrouve entre les mains d’un général orgueilleux et d’un imprécatrice mystérieuse, une légende trace sa route dans les bas fonds. La Petite Soeur, une source de pouvoir titanesque, pourrait bientôt être lâchée, offrant un tournant dramatique à la guerre.

Pour démêler le vrai du faux, Luther Falkenn ne va pouvoir compter que sur lui-même.

Ce gros bébé de plus de six cent pages de pur plaisir est disponible aux éditions Crin de Chimère depuis le 20 juin 2020 en version numérique, et est actuellement en précommande pour la version papier ! Vous pouvez le retrouver sur son site web.

2. Un texte aux multiples influences

Si je devais citer des textes qui m’ont vraiment beaucoup marquée en fantasy, outre Les Trois Gardes de Damien Mauger, ce texte en fait vraisemblablement partie. Je suis tombée amoureuse de l’univers, des personnages, de l’intrigue et du style de l’auteur, si bien qu’arriver au bout m’a brisé le cœur, sérieusement. Je ne voulais juste pas que ça s’arrête. Ce livre a beau faire six cents pages d’amour, impossible de le lâcher. Tout, des premières lignes jusqu’au point final, est un véritable plaisir pour les yeux et je vous jure que j’ai lâché un gros « QUOI C’EST FINI ? » rempli de panique lorsque ce foutu ebook a atteint les 100%.

Pour commencer, ce texte est un roman de fantasy qui joue avec des tas de codes. L’ambiance qui prédomine est celle de la fantasy victorienne, avec une partie très steampunk certes avec beaucoup d’usages de machines à vapeur, mais aussi tout simplement dans l’ambiance, le contexte « historique » de l’histoire et les personnages. On y discerne aussi des inspirations western, auxquelles se mêlent une dark fantasy, avec un monde aux connotations à la fois très Sapkowskiennes et très éloignées, bien appuyée et des codes de la fantasy épique. Bon, déjà, qui dit mélange de genres dit Myfanwi excitée, vous le savez, mais là l’univers est tellement bien ficelé que ça a été le gros coup de foudre. J’ai bien aimé le trio humains – nains – elfes, auquel s’ajoute quelques créatures supplémentaires comme les Drudes ou les Demi-Ogres. Tous diffèrent totalement de ce que l’on a l’habitude de voir, et la redondance avec d’autres univers est inexistante. Comme quoi, c’est pas si compliqué de réinventer.

On se retrouve plongé dans un gros conflit entre deux grandes factions : l’une maîtrise la magie, l’autre la technologie, et chacune des deux essaie de prendre l’ascension sur l’autre. La partie politique de ce roman est extrêmement bien développée. On y voit autant les coulisses sordides que le champ de bataille, les débats décisifs que les trahisons intérieures. Tous les personnages présentés dans cette partie de l’histoire sont incroyables. Il y en a un nombre considérables, mais je peux vous dire qu’on les dissocient tous les uns des autres sans la moindre difficulté. J’ai adoré le général Wolfdagger et son ascension plus que chanceuse, Somas Athossi et sa fidélité indéfectible à l’ancien vicaire, Dame Morville et ses méthodes d’interrogatoire… discutables, et bien sûr les Scramasaxe et leur passion pour l’argent. Chacun des personnages connait un joli arc de cercle au niveau de leur développement, certains plus courts que d’autres. Bien sûr, qui dit intrigue politique dit nombreux rebondissements. Chaque personnage a le potentiel d’être un génie et le plus sombre des connards, et tout se joue pour deviner de quel côté la balance va pencher.

A côté de ça, on a ce chasseur de primes qui vit sa propre vie. Luther Falkenn est incroyable. C’est un personnage toujours posé, aussi bon bretteur mentalement que physiquement. J’ai retrouvé quelque part en lui un petit quelque chose de Sherlock Holmes dans ses déductions et son maintien, mais un Sherlock Holmes bien plus sombre et violent que l’original, et avec aussi beaucoup moins de morales et de remords. Il fait partie des types de personnages de fiction que j’aime le plus. On ne sait jamais à quoi s’attendre, parce qu’il garde toujours une part de mystère, même après la lecture du livre, mais dans le même temps, il se dévoile un peu plus à chaque chapitre. Et à côté de ça, tout comme Sherlock Holmes, on retrouve un fidèle associé qui, pour le coup, n’a rien à voir avec ce bon vieux Watson. Boniface, c’est le coup de génie de ce récit. Déjà, un chat en personnage presque principal, c’est pas rien, mais ce chat là en particulier, il a été ma mort et mon point faible sur tout le roman. Son humour grinçant, ses pouvoirs bizarres, ses instincts de chat et sa fidélité discutable en font un personnage mémorable et très complémentaire avec Luther par son ouverture et sa langue bien pendue. Franchement, rien que pour lui, vous pouvez y aller les yeux fermés et vous ne serez pas déçus.

Le roman compte bien d’autres personnages touchants, comme les soeurs Galate, ou encore tout ce qui est armée Anscaride, et il faut sincèrement lire pour apprécier toute l’étendue du travail titanesque qui a été effectué sur ce livre. Je veux dire, je suis aussi autrice dans un univers complexe, et j’imagine pas l’enfer qu’a dû représenter rien que la chronologie des événements et la chasse aux incohérences. Le style d’écriture de l’auteur est exceptionnel. Il est dur et sérieux quand il le faut, mais il devient à mourir de rire par endroits et dans la bouche de certains personnages. L’ambiance mi-figue, mi-raison du récit le rend attachant et très difficile à lâcher. A cela se mêle énormément de thématiques que j’adore, à savoir de la bonne grosse satire politique, des tirs à vue sur les médias et un travail assez fou sur la condition féminine dans les romans de fantasy, ou encore sur la thématique de la religion, avec un panthéon ultra complexe et défaillant, qui met en avant tous les petits problèmes d’écriture qu’une religion peut représenter. Le tout avec un vocabulaire riche et très bien mené. Bref, un pur bonheur pour la littéraire psychotique que je suis qui a besoin de décortiquer les couches des textes pour les apprécier pleinement.

En bref, parce que je pourrais m’étendre encore des heures sur le sujet, ce roman contient tout ce que j’aime dans la fiction : une ambiance victorienne, des personnages torturés, une critique du pouvoir, un chat magique, un style incroyable et des modulations dans la forme du récit, qui fait qu’on ne s’ennuie jamais. C’est un énorme, énorme coup de cœur et je suis juste triste que ça soit déjà terminé. Dans tous les cas, c’est un auteur à suivre absolument dans le futur !

3. Un petit extrait ?

Weynar ne se trouvait plus qu’à deux mètres à peine du pont inférieur, lorsqu’un bruit insistant l’obligea à laisser de côté l’élaboration méticuleuse de son plan de carrière. Un grattement, ou quelque chose d’approchant. Plissant les yeux, il distingua une vague forme noire qui s’agitait sur la rambarde du bastingage, là où le grappin s’était immobilisé. Il arqua un sourcil interloqué en réalisant de quoi il s’agissait : un chat, tranquillement en train de mâchonner la corde.

Comme s’il sentait qu’on l’observait, le félin s’interrompit dans sa tâche et tourna vers le pirate des yeux aux iris violets.

— Salut, lança l’animal.

— Euh… Salut, répondit machinalement Weynar.

Logiquement, il aurait dû lui balancer son couteau à la truffe, mais c’était la première fois qu’un chat lui parlait. L’événement avait de quoi dérouter.

— Elles sont plutôt solides, vos cordes, poursuivit l’animal sur le ton qui évoque la pluie et le beau temps.

— Euh… Ouais, admit le Nain dont la langue avait cette fois définitivement fait sécession d’avec son cerveau. On les tresse ‘vec des lianes des forêts du Syamée. C’est du costaud : faut s’y mettre à plusieurs ‘vec des haches pour en v’nir à bout. T’arriveras pas à grand-chose ‘vec tes p’tits chicots, t’sais.

— C’est pas faux, admit le félin en reportant son attention sur le cordage.

La lumière et les ombres tremblotantes des becs de gaz alignés par-derrière jouèrent alors des tours aux yeux de Weynar : le pelage de l’animal sembla onduler, ses contours devenir soudainement flous, incertains… mouvants. Ils s’ourlaient de mèches de feu noir, de plus en plus nombreuses, de plus en plus longues, de plus en plus grandes à mesure que le corps du félin, flaque d’ombre vivante, se dilatait, enflait, se distendait, encore et encore. Ses proportions dépassaient allégrement celles d’un loup lorsque Weynar, réalisant enfin qu’il n’avait pas la berlue, porta la main au tromblon suspendu à son ceinturon.

Deux hurlements retentirent coup sur coup. Le premier, bestial, rappela momentanément mais efficacement à tous ceux qui l’entendirent certaines réalités intemporelles, telles que l’existence d’une chaîne alimentaire et le fait qu’à rebours de ce qu’ils avaient toujours cru, ils n’y occupaient pas la place la plus élevée.

Le second, ponctué de jurons, prit fin sur une éclaboussure sonore lorsque Weynar Tucks, les mains crispées sur le tronçon du cordage, rencontra la Mer du Lion.

C’est tout pour cette grosse chronique ! N’hésitez pas à aller découvrir le livre et la maison d’édition, tous deux valent le coup d’œil ! A bientôt pour de prochains articles 🙂

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