[Beta Publisher] Loin du cœur – Recueil de nouvelles

LOIN DU COEUR – RECUEIL DE NOUVELLES

Bonjour, bonjour ! Nouvelle chronique aujourd’hui pour un recueil de nouvelles un peu particulier qui se place parfaitement ce 25 novembre, journée de lutte contre les violences faites aux femmes, et qui nous est proposé par Beta Publisher !

Les drames du quotidien

Loin du cœur est un recueil de vingt courtes nouvelles sur la thématique des violences faites aux femmes. 86% des françaises disent avoir déjà été insultée, agressée, battue, dans la rue, au travail, dans les transports, ou pire, chez elles, dans leur intimité.

Loin du cœur donne la parole à vingt et un·e·s auteur·ice·s dont l’objectif est de présenter un aperçu aux lecteur·ice·s de ces drames du quotidien, dont on parle parfois à la télé, mais qui restent majoritairement invisibles faute de témoignages.

On y parle d’angoisse, de peur, de renoncement, de coups, d’insultes, de harcèlement, de viol, d’invisibilisation, de culpabilisation, de meurtres, de vies détruites par des hommes qui ne sont que bien trop souvent relâchés sans jamais être inquiétés.

Ce recueil, c’est la voix de toutes celles qui ne peuvent pas crier dans la vraie vie et que l’on ne voit pas.

Le recueil est sorti ce 25 novembre et est disponible au format papier et numérique aux éditions Beta Publisher. Vous pouvez le retrouver par ici ! Les droits d’auteur des ventes seront reversés à l’association Solidarité Femmes qui lutte contre les violences faites aux femmes.

Un recueil fort en émotions

Quelle lecture ! Je peux vous garantir que ce recueil de nouvelles ne vous laissera pas indifférents. J’ai eu beaucoup de mal à rester insensibles devant certaines des nouvelles et ça fait remonter des souvenirs pas très sympathiques à la surface.

Comme le projet l’annonce, ces vingt nouvelles sont là pour vous plonger en immersion dans la peau de femmes, d’enfants qui vivent au quotidien l’horreur de la violence faites aux femmes. On y découvre un panorama de manipulations, dans le milieu conjugal ou à l’extérieur, dans toutes les cultures, et dans toutes ses formes : violence physique, mentale, administrative et j’en passe dans le but d’alerter et de comprendre pourquoi, chaque année, il est si important d’en parler. On oublie que la majorité du temps, ces violences sont invisibles et ne sont souvent découvertes que dans des cas d’extrême détresse, ou pire.

Je trouve que mettre sur papier tous ces maux de notre société est une façon de collaborer, de leur donner une forme, une existence, que bien trop de personnes réfutent encore aujourd’hui, et que l’appel à textes était une excellente idée. Le sujet reste tabou et met mal à l’aise, mais accepter qu’il existe, ne serait-ce qu’en littérature, c’est déjà un pas en avant pour la reconnaissance.

Le recueil regroupe à la fois des textes fictionnels et des témoignages. On y aborde une grande variété de thèmes et de motifs allant de la réécriture des origines de la Bible jusqu’aux violences conjugales actuelles. Les points de vue ne sont pas tous ceux des femmes, il y a aussi ceux des enfants, des proches, de l’entourage des victimes qui ne comprennent pas forcément ce qui arrive, ou refusent de le voir. On ne reste pas uniquement dans la culture occidentale, plusieurs textes abordent également la vision des violences faites aux femmes dans d’autres pays, notamment d’Afrique, et de leur lien fort avec les coutumes. Ces textes comptent sans doute parmi mes préférés, parce que les concernées ne sont pas qu’européennes, et qu’on tend trop souvent à invisibiliser encore plus leur parole.

Parmi toutes les formes de violence qui se trouvent dans le recueil, celles qui m’ont le plus marquée sont celles qui utilisent la manipulation psychologique, un phénomène bien plus méconnu que la violence physique, et qui se met en place le plus souvent en plusieurs mois ou années. La question “Mais pourquoi vous ne l’avez pas quitté ?”, elle revient très souvent dans la bouche de la police, des proches, et c’est bien d’avoir conscience que c’est bien plus compliqué que ça.

J’ai beaucoup aimé également la question des conséquences sur l’après, qui se trace en trame de fond de plusieurs des textes et qui me touche tout particulièrement. Mon harcèlement scolaire s’est terminé par une agression sexuelle, et il m’a fallu presque quinze ans pour mettre des mots sur ça, pour l’accepter. J’en subis encore les conséquences aujourd’hui, même si j’essaie d’oublier. La notion de traumatisme, dans ce qu’elle engendre à l’instant T et dans le temps, on ne la voit que très rarement en littérature, parce qu’on se concentre principalement sur l’instant T. J’ai beaucoup aimé que les auteurs essaient d’aller au-delà dans ce recueil.

Ce fut une lecture difficile. J’ai eu vraiment besoin de pauses parfois entre les textes pour souffler et prendre un peu de distance. Parce que c’est dur. Parce que ça fait mal. Et parce que ça touche forcément. Même si le recueil est tout petit, deux cents pages à peine, il est extrêmement lourd symboliquement. Je pense que c’est une bonne introduction à ce qu’est la violence faite aux femmes pour des adolescents et pour les gens qui cherchent à se renseigner. La préface notamment est très bien faite et donne toutes les clés pour comprendre ce que l’on va rencontrer dans les textes.

C’est une très chouette lecture que je recommande chaudement et qui ne vous laissera vraisemblablement pas indifférents.

Un petit extrait ?

— C’est dégueulasse !

Elle sursaute en entendant la voix de celui qui partage son enfer. Ça projette l’assiette contre la porte juste derrière Alina, l’éclaboussant de spaghettis. Ils se répandent au sol, s’accrochent aux cheveux d’Alina. L’assiette finit sa course sur le carrelage, explose en milliers d’éclats de lumière blanche.

— Tous ces enfoirés dehors me traitent comme un minable et toi, tu me sers de la merde !

Ça attend, son verre de rouge à la main, la bouteille à moitié vide. Une parole mal interprétée, une seule et ça dérape. Alina le sait, elle est pétrifiée. Elle ferme les yeux, les mots bredouillent au bord de ses lèvres. Des excuses apprises par cœur, elle propose autre chose, se penche pour ramasser les morceaux, mais c’est déjà debout à ses côtés et ça la relève violemment en la tirant par les cheveux. Le chignon défait, le visage pourpre, Alina rêve qu’elle est un papillon. Elle va s’échapper, voler au-dessus d’un champ de marguerites et danser avec ces soleils à col blanc offerts au vent, libres. Un jour, elle sera un arbre au feuillage vert tendre et elle allongera ses bras pour accueillir des oiseaux et chanter avec eux le retour du printemps.

Merci beaucoup d’avoir pris le temps de lire cette chronique ! Je vous souhaite à tous une bonne journée et à très bientôt pour de nouveaux articles !

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