[L’Alchimiste] Je cueillerai la vie et je te l’offrirai – Florence Wells

JE CUEILLERAI LA VIE ET JE TE L’OFFRIRAI
Florence Wells

Bonjour, bonjour ! Pour notre première chronique du mois, on fait un petit tour du côté des romans contemporains avec l’un des romans gagnants de l’édition 2021 du concours Les Murmures Littéraires que l’autrice m’a confié en service presse. Et ça s’est avéré être une très, très chouette lecture !

En immersion dans la violence des cités

Depuis des années, Anna est coincée dans un quotidien dévastateur constitué de violence. Elle vit avec Brahim, le grand caïd de la cité où elle habite, et qui la considère comme un jouet qu’il peut utiliser et maltraiter à sa guise pour décharger le stress et les mauvais jours. Parce qu’elle y élève son fils, Gabriel, Anna n’a encore jamais essayé de se libérer de son emprise.

Cependant, le soir où elle le fait, les événements tournent extrêmement mal. Lorsqu’elle annonce à mi-mots qu’elle souhaite le quitter, Brahim perd la raison et, fou de rage, décide de les tuer tous les deux en voiture. L’accident n’aura eu que pour conséquence de causer un électrochoc à Anna. Cette fois, c’est décidé, elle va sortir de cet enfer. Elle va sortir son fils de cette affaire.

Mais la route pour s’enfuir est longue et couverte d’épreuves difficile à surmonter. Néanmoins, des mains vont naturellement se tendre pour l’extirper de là, tant bien que mal. Anna va-t-elle réussir à s’échapper ?

Je cueillerai la vie et je te l’offrirai est disponibles aux éditions L’Alchimiste. Vous pouvez vous le procurer au format papier et numérique sur le site de la maison d’édition.

Une ode à l’espoir

Ce fut une sacré lecture, très difficile à digérer. Le livre est court, mais j’ai dû faire plusieurs pauses dans ma lecture le temps de digérer tout ce qui se passe. C’est un texte qui vous prend aux tripes et qui fait mal, avec de vrais drames et de vrais enjeux, et il est très difficile de rester insensible à ce qu’on lit.

Nous nous trouvons dans une cité plutôt violente, où sévit une guerre de gangs, des deals de drogues et même parfois des meurtres. C’est le quotidien d’Anna, la mère de Gabriel, qui craint chaque jour pour sa vie et celle de son fils puisqu’elle est la femme du grand chef de la cité, Brahim, un homme pourri jusqu’à la moelle et violent, non seulement avec les autres, mais aussi avec elle. L’histoire commence sur un drame : Brahim essaie de tuer Anna, et à partir de là, à travers différents personnages, on tente de lui trouver une échappatoire.

Pour cela, son destin va croiser celui de quatre autres femmes : Marie, assistante sociale, Alexandra, policière, Martha, sans domicile fixe, et Léa, une soignante, qui toutes, à leur manière, vont aider Anna à ouvrir les yeux sur sa condition et l’encourager à fuir. C’est un chemin long, périlleux, et semé d’embûches. Comme dans la vraie vie, s’extirper de relations toxiques n’est rarement aussi simples. On aborde notamment la peur du regard des autres, la culpabilité, le déni, trois émotions qui empêchent bien souvent des femmes battues de quitter leur quotidien. Et ça fait mal. Comme dans la vraie vie, on a envie de hurler d’ouvrir les yeux, mais ça ne fait qu’aggraver les choses.

Ce texte est tellement réaliste qu’il vous retourne les tripes. On voit les événements déraper, on sait qu’il y aura une prochaine fois, mais on y assiste quand même. Les scènes violentes sont particulièrement bien écrites, mais elles sont nécessaires pour faire naître l’autre grand message du texte : l’espoir. Même si le texte est sombre, il se veut profondément positif, et cherche la lumière là où il semble impossible de la voir, ce qui le rend si puissant. Et cette lumière, elle est d’abord timide, mais prend de plus en plus de place à mesure que l’intrigue avance, avec l’aide des autres personnages.

Le texte est un roman choral. Toute l’intrigue tourne autour d’Anna, mais on la vit du point de vue de plusieurs personnages extrêmement attachantes. Le roman donne la parole à la femme, c’est elle la plus importante, et, en plus du quotidien d’Anna, on s’aventure dans celui de quatre autres femmes tout aussi extraordinaires, avec elles aussi leurs défauts, et dont les problèmes viennent s’emmêler à ceux d’Anna. J’ai particulière été touchée par Martha, la sans domicile fixe, et sa bonne humeur malgré la maladie, ou encore Alexandra, qui lutte contre le fantôme de son frère, policier lui aussi, plongé dans le coma suite à un terrible accident. Elles ont toutes une histoire à raconter, ce qui rend le récit riche et complet. Une vie peut en changer plusieurs autres, et inversement. C’est vraiment super bien écrit et touchant.

À leur opposé, il y a la figure de l’homme violent, Brahim, détestable, mais aussi la question de l’hérédité, avec Gabriel, le fils d’Anna. On sent que le garçon est à la limite de la bascule. En voulant sauver sa mère, ne risque-t-il pas de devenir comme le père ? J’ai trouvé que c’était une question traitée avec beaucoup d’intelligence. Bon, pour Brahim, en revanche, pas trop d’avis nuancé ahah. Envie de lui exploser la tronche au pied de biche, et ça n’est pas parti de toute l’intrigue, même si une partie de l’intrigue nous montre que la violence contre la violence ne fonctionne pas et provoque plus de mal. Une leçon que l’on apprend très durement dans l’histoire, et qui a brisé mon petit cœur.

Le texte est aussi sublimé par une plume vraiment chouette et très mélancolique, que j’ai beaucoup aimé. En revanche, quelques petites coquilles, notamment sur le nom des personnages, m’ont dérangée à la lecture (Marta/Martha, Anna/Anne) et qui reviennent assez souvent. C’est les aléas du travail éditorial, mais ça n’enlève rien à l’immense qualité de la plume, vraiment chouette et très immersive.

En bref, c’est un gros coup de cœur ! Ça m’a donné envie d’en lire plus de l’autrice. Il y a une grande sensibilité derrière que j’adorerais voir sur d’autres registres. Je recommande vivement !

Un petit extrait ?

— Tu veux plus de moi ? Hein, Anna ! Tu veux plus de nous ? T’as oublié le sens de la famille. Mais on ne se quitte pas Anna. On ne se quittera pas. Jamais. Je t’aime trop. Et puisque tu veux me quitter, on va se quitter ensemble ! Oh ouais, tu m’entends ! On va se le prendre ensemble le mur, parce que Anna je vais te le dire. Moi, vivant, tu me quitteras jamais !

Anna pleure de terreur. Brahim accélère sur le boulevard. Elle pense à Gabriel, qui doit être en train de monter les marches de l’escalier. Elle pense au chocolat chaud qu’il n’aura pas. Brahim est devenu fou, elle ne le connaît plus. Elle pense à sa mère qui a quitté ce monde cinq ans plus tôt et qui lui manque tant. Elle se demande si elle va la retrouver de l’autre côté. Si l’autre côté existe seulement. Anna pense aux derniers moments, à ceux qui comptent, à ceux qui ont compté. Elle n’a jamais eu autant envie de vivre.

Jamais.

Elle ferme les yeux sous l’accélération fulgurante de la voiture qui fonce vers sa cible. Elle tente bêtement de projeter son corps le plus possible en arrière, comme si cela pouvait retarder l’impact. Elle remonte ses pieds pour protéger son torse. Instinct de survie. Elle essaie de lutter contre la gravité qui la pousse vers l’avant. Elle ne veut pas. Pas maintenant. C’est trop tôt. Elle pense à Gabriel. À son chocolat chaud. Et puis, encore, à Gabriel.

Gabriel.

Gabriel

Gabriel.

Son prénom résonne sans fin dans son crâne. Douce litanie, prière éphémère. Dernières pensées d’une vie qui s’effrite.

Brahim a perdu le contrôle de lui-même. Il appuie à fond sur la pédale d’accélération en visant le mur de protection de l’abribus. L’impact les propulse, tous les deux, vers l’avant dans un bruit d’éclats de verre et de tôle froissée.

C’est tout pour aujourd’hui, j’espère que ça vous a plu ! Rendez-vous bientôt pour de nouveaux articles ! Des bisous !

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