[Beta Publisher] Tuer Camus – David Gruson

TUER CAMUS – DAVID GRUSON

Bonjour, bonjour ! Je suis enfin en vacances, préparez-vous donc à un rattrapage de lectures assez intense ahah. J’ai plein de chouettes textes à vous présenter, des articles prévus, plein plein de choses. Et on commence en beauté avec un auteur qui a une place un peu particulière dans mon petit cœur d’autrice puisque c’est David Gruson, le premier auteur que j’ai chroniqué sur ce blog, et qui revient avec un troisième roman !

Même si le texte peut être lu indépendamment, je vous encourage très vivement à aller lire les deux premiers tomes de la série S.A.R.R.A, qui sont directement reliés à celui-ci : Tome 1Tome 2.

La nuit de toutes les nuits

Un soir pas si paisible de novembre 1940, une jeune femme en grande détresse, Sarah, a échappé de peu à une opération de police visant un rassemblement d’étudiants non loin de là et qui a très mal tourné. Elle se réfugie dans l’appartement d’un jeune journaliste, Albert Camus, peu enthousiaste à l’idée de devenir son complice.

De discussions en discussions, Albert devient de plus en plus méfiant. La jeune femme sait trop de choses sur sa vie et ne cesse de retourner sa veste, de le menacer et de lui retourner l’esprit. Il décide qu’il en a entendu assez lorsqu’elle commence à lui parler de futur, de pandémie et de fin du monde.

Mais qui est-elle ? Et pourquoi semble-t-elle persuadée qu’Albert a un rôle à jouer dans ce futur apocalyptique ?

Sarah n’a qu’une nuit pour le convaincre que de son choix dépend le futur de l’humanité.

Tuer Camus est disponible depuis le 18 avril 2022 aux éditions Beta Publisher, au format papier et numérique. Toutes les informations sur le livre sont disponibles sur leur site web.

Le Dernier Homme

C’était une grosse lecture encore une fois, qui vient (je pense ?) conclure pour de bon l’histoire de S.A.R.R.A sur une note plus ou moins positive, selon les points de vue, comme toujours avec David Gruson. Tuer Camus est en quelques sortes un spin off des deux premiers tomes. On change de temporalité, de personnages, de tout, en vérité, mais les enjeux restent les mêmes : sauver l’humanité en trouvant une nouvelle définition de l’être humain.

Nous nous trouvons donc en pleine Seconde Guerre Mondiale avec un personnage trouble, qui nous est présentée comme une espionne, mais qui révèle très rapidement sa neutralité, ou plutôt son omniprésence à tous les niveaux de la société. Elle devient tour à tour étudiante, espionne, policière, juge, bourreau et beaucoup d’autres choses. Sarah est partout, et c’est flippant.

Le livre se présente majoritairement sous la forme d’un dialogue divisé en trois actes et qui ont tous pour personnage principal Albert Camus, un journaliste et auteur que la plupart des gens connaissent comme étant le maître de l’absurde et pour son point de vue très humain sur son époque. C’est un auteur que j’ai découvert personnellement au lycée avec La Peste, qui est justement un texte important dans ce roman, puis redécouvert en licence avec L’Étranger, sans doute l’une de mes lectures les plus marquantes, qui m’a ensuite donné envie d’en découvrir plus.

Ne vous inquiétez pas, il n’y a pas vraiment besoin de connaître l’auteur pour comprendre l’histoire (même si c’est un plus !). Sarah s’en charge pour vous tout au long de son argumentation. On y découvre les grands événements de sa vie et ceux qui ont marqué son fil de pensée et ses œuvres. De manière générale, ce texte fait tout pour vous donner toutes les clés pour le comprendre. Il y a par exemple un rappel des événements de la Seconde Guerre Mondiale et de ce qui a suivi jusqu’aux premières attaques terroristes, ces dernières étant le point de départ du premier tome de S.A.R.R.A. De même, les événements des deux tomes de S.A.R.R.A y sont résumés. Après tout, Sarah essaie de convaincre Albert, mais elle essaie aussi de vous convaincre vous, le lecteur, du bienfondé de son entreprise.

Et quelle entreprise ! Vous vous en doutez, le fait que le personnage s’appelle Sarah n’est pas un hasard. Je ne peux pas trop spoiler l’intrigue, mais elle est directement liée aux événements de la fin du tome 2 de S.A.R.R.A, dont nous avons quelques petits souvenirs éparpillés au fil des pages d’un carnet dans ce roman. Tout ce qu’il faut savoir est que Mélusine, l’héroïne des deux premiers romans, a donné naissance à une petite Sarah, qui est en réalité la création à moitié de S.A.R.R.A, l’intelligence artificielle. Cette petite Sarah est donc partiellement machine et partiellement humaine.

C’est aussi le cas de la Sarah de 1940, par des événements que je vous laisse découvrir. Ainsi naît une dualité entre l’humain et la machine, à plusieurs niveaux. Le dialogue oppose un Albert Camus qui se laisse entièrement guidé par ses sentiments (et sa frustration et confusion, le pauvre ahah) et une Sarah qui suit un plan bien précis et utilise la logique et son savoir encyclopédique pour démontrer de manière scientifique le rôle qu’Albert a à jouer, et pour le coup, sans la moindre considération pour ses émotions, ce qui est son plus grand point faible. S’engage alors un débat entre la raison et le sentiment, le cœur et le cerveau, l’homme et la machine. Une machine peut-elle devenir homme ? Si oui, comment combler les lacunes sentimentales qui lui manquent ? C’est tout l’enjeu de ce roman.

Ce fut une lecture très riche. Je ne pense pas qu’elle est accessible à tout le monde, ne serait-ce que par sa forme très originale, à mi-chemin entre roman et écriture théâtrale, un peu comme à la manière de Jacques Le Fataliste et son maître de Diderot. Bien sûr, vous vous en doutez, comme ça sort de l’ordinaire, ça m’a énormément plu. Ça se lit très bien et on se concentre sur l’essentiel : les mots.

Car c’est de ça dont il s’agit ici : un combat de mots. Les mots de la machine, les mots de l’auteur, qui opposent leurs idées diamétralement opposées afin de tenter de comprendre le fonctionnement de l’autre. Leurs mots s’opposent par ailleurs à la violence des actes et des armes, que l’on entend régulièrement tout au long de l’histoire pour rappeler qu’elles ne sont pas la solution, comme on l’a vu dans le tome 2 de S.A.R.R.A. C’est un combat de l’esprit, pas de la force.

Le texte est entrecoupé également d’autres petits extraits qui eux aussi mettent en dualité l’homme et la machine, avec des rapports très scientifiques dont, j’avoue, je n’ai pas réussi à comprendre l’objectif, et les morceaux de carnets de Mélusine à la fin du monde, qui cherche à comprendre les actions menées par sa Sarah, avec humanité. Je suis contente qu’on ait gardé ces petits fragments, qui rappellent la construction des précédents récits.

C’est encore une fois un gros coup de cœur, et une très belle conclusion à cette aventure qui aura été l’une des plus marquantes que j’ai lu jusqu’à présent. Vous n’avez pas encore lu les deux premiers tomes ? C’est l’occasion de vous lancer !

Un petit extrait ?

Mo1
faisant mine de prendre une deuxième profonde respiration

— Je vais te laisser, Albert. Je vais te laisser une heure. Je dois accomplir une tâche. Une tâche importante pour toi. Pour vous tous, à la fin. En attendant, réfléchis. Réfléchis bien. Quand je reviendrai, je frapperai encore trois coups à la porte. Si tu ne m’ouvres pas, tu pourras retourner à ta vie. Ta vie d’avant. Les derniers préparatifs de ton mariage. Retrouver sereinement Francine. De mon côté, j’irai voir mes collègues. Je leur dirai que je n’ai rien trouvé. Que tout est en règle. Que tu es prêt à t’assimiler dans l’Ordre nouveau du Maréchal. Ton dossier sera enterré comme aucun dossier n’aura jamais été enterré. Enseveli au tréfonds de l’oubli. Mais, au contraire, si tu m’ouvres, alors c’est que tu choisis le chemin de peine que je te propose.

À ces mots, je me levai subitement et quittai l’appartement en mouvement rapide. Sans qu’il ne puisse remarquer mon ventre.
Le laisser seul, à présent.
Seul avec son double.

C’est tout pour aujourd’hui, merci d’avoir lu cette chronique ! Je vous donne rendez-vous très bientôt pour de nouveaux articles, à très vite !

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